Héritiers des larmes, tome 1 : l'épouse ennemie, de Penny Watson Webb

 

 

J'ai eu le plaisir de découvrir en avant-première le chapitre 1 de ce roman l'an dernier au Festival du Roman féminin, lors d'une séance de lecture à haute voix. Le roman était en cours d'écriture alors. Je ne connaissais pas Penny Watson Webb, mais cet avant-goût m'a vraiment donné envie. Je me suis donc précipitée sur ce premier tome d'une saga qui en comptera quatre dès sa sortie. Et le moins que je puisse dire, c'est que je l'ai dévoré en deux jours.

 

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Face à la reine de France, Brunhilde sent son cœur battre à tout rompre. La souveraine lui a accordé le droit de choisir son époux, et attend à présent sa réponse. Brunhilde sait que tout le monde souhaite qu’elle désigne, sur l’ordre de son frère, l’arrogant seigneur de Valcoudray, dont l’alliance renforcerait sa famille. Ce noble normand est même prêt à passer outre le baiser qu’il a surpris la veille entre elle et Conan de Ker Glenn, leur ennemi breton. Conan, l’homme à qui Brunhilde a caché son identité et qui lui lance aujourd’hui des regards noirs. Si c’est lui qu’elle choisit, il la méprisera, elle le sait, et la traitera comme une étrangère dans sa propre demeure. Mais la paix entre Bretons et Normands serait désormais actée. Consciente des regards qui pèsent sur elle, Brunhilde lève enfin les yeux, déterminée. Elle sait ce qui lui reste à faire.

 

 

J'ai apprécié que cette romance historique bien documentée se déroule en France, s'appuyant sur une période trouble de l'Histoire. Une histoire bien documentée, mais pas lourde en informations, l'auteur nous délivre ce dont nous avons besoin pour comprendre le contexte, à savoir un royaume de France en proie à des bouleversements, et une véritable guerre entre Normands et Bretons.

La saga prend ses racines dans cette guerre, et dans les rancoeurs que celle-ci va laisser entre deux familles, qui chacune reproche des morts, des pillages et des injustices à l'autre. Et au milieu de tout ça, Brunehilde. Issue de la famille normande des Montgoméry, elle va croiser la route du Breton Conan de Ker Glen. Ils ignorent qui est l'autre et l'attraction est immédiate. Lorsque leurs identités se dévoilent, la vieille haine entre les deux familles flambe à nouveau. Mais Brune, idéaliste et pourtant très lucide, prend une décision qui va mettre tout le monde au pied du mur. La reine Anne, qui l'apprécie sincèrement, lui a laissé la possibilité de choisir son époux. Ce ne sera pas le prétendant choisi par son frère Jacques, mais leur ennemi mortel, Conan. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle se place dans une situation compliquée, entre un frère qui lui en veut à mort de cette trahison, et son mari à qui elle a forcé la main devant le roi et la reine de France. N'oublions pas le presque fiancé évincé.

Brune se retrouve donc en territoire hostile, bien décidée pourtant à renouer les liens entre Bretons et Normands, à réparer les injustices, quitte à se sacrifier. N'étant pas une faible femme résignée, elle va lutter pour gagner l'estime, puis l'affection de sa nouvelle famille, et reconquérir celles de son frère.

Brune est une jeune femme attachante, et j'ai apprécié qu'elle ne soit pas une faible femme dans un monde d'hommes, sans pour autant être anachronique. Elle est intelligente, éduquée, futée, et lutte avec les armes dont elle dispose. S'il lui arrive parfois de douter et de craquer, elle reste fière et déterminée. Elle m'a souvent fait penser aux héroïnes des romances de Julie Garwood, de Sur ordre du roi en passant par La splendeur de l'honneur ou Un mari féroce. Fraîche et attachante, forte et fragile à la fois.

De fait, le héros ne peut que succomber, en dépit de tout ce qui les sépare. Conan ne peut envisager que son épouse soit sincère, il la soupçonne constamment du pire, d'espionner, de conspirer. Entouré des siens, il se retrouve bien souvent en difficulté car son épouse, qui incarne tout ce qu'il est censé détester, l'attire autant qu'elle l'agace. Il a vécu l'enfer, pardonner lui semble impossible.

J'ai apprécié les personnages secondaires, de la traditionnelle servante loyale, à la belle-mère meurtrie et qui cache un lourd secret, en passant par les deux compagnons d'armes de Conan, Guillaume le charmeur et Pierre le taciturne empli de haine. N'oublions pas, bien sûr, les méchants qui tenteront par tous les moyens de mettre à mal la paix précaire apportée par ce mariage, et que l'on adore détester.

Le style, enfin, est fluide et soigné, la plume est vive et plaisante et permet de dérouler l'histoire de façon agréable. L'humour, que ce soit dans les répliques ou dans certaines situations, est également présent, ce qui apporte une légèreté bienvenue.  Avec ce roman, Penny Watson Webb nous prouve que les Françaises sont tout à fait capables de rivaliser avec les reines anglo-saxonnes de la romance historique, et ce en plaçant leurs histoires en France. Je lirai la suite avec grand plaisir !

 

Le Capitaine et l'insoumise, de Penny Watson Webb :  ma chronique ici