Séduction maudite

 

 

Je remercie Stéphane Soutoul et les éditions Pygmalion pour ce service presse. J'accepte rarement les SP, mais j'ai bondi de joie quand celui-ci m'a été proposé : j'ai aimé les autres romans de Stéphane Soutoul, que ce soit la série urban fantasy Anges d'Apocalypse, le YA fantastique Si proche de lui  (chronique ici)ou, l'an dernier, le thriller sentimental La Proie du Papillon (chronique ici), j'ai donc dit un grand OUI à cette opportunité de lire le petit dernier issu de l'imagination fertile de l'auteur.

 

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Journaliste audacieuse, Gabrielle Colleni ne vit que pour son métier. Jusqu’au jour où sa sœur trouve la mort dans d’étranges circonstances. Qui peut croire qu’il s’agit d’un accident ? Certainement pas celle que tous surnomment la « Fouineuse ».
Et son premier suspect n’est autre que le fiancé de sa cadette : Stanislas de Beaumiracle, riche, beau, célèbre… et malheureux en amour. Bel euphémisme puisque toutes les femmes de sa vie ont été victimes d’un sort funeste.
Si la police n’a jamais rien pu expliquer, la presse à scandales ne se lasse pas du « Séducteur maudit ».
Prête à tout pour découvrir la vérité, Gabrielle va devoir approcher Stanislas, mais aussi Mathis, l’énigmatique frère, tout en évitant les cadavres qui ont la fâcheuse manie de s’accumuler dans l’entourage des Beaumiracle…

 

 

J'ai une fois de plus été séduite par la plume de Stéphane, soignée et fluide. Pour une fois, il a opté pour une narration à la 3è personne, ce qui nous permet de suivre l'intrigue essentiellement à travers les regards de deux personnages, Gabrielle et Mathis. Ces regards croisés permettent d'appréhender pleinement à la fois la « malédiction » qui semble peser sur les Beaumiracle (l'une voit les choses de l'extérieur tandis que l'autre les vit depuis des années de l'intérieur, concerné au premier chef) et les personnalités de certains protagonistes, notamment celle de Stanislas, le « séducteur maudit ».

 

Gabrielle est une jeune femme de caractère, passionnée et frondeuse : tout ce qu'elle entreprend, elle le fait à fond, au mépris des convenances ou parfois de sa propre sécurité. Un tempérament passionné qui lui a valu de rompre avec sa famille de musiciens pour suivre une voie éloignée de celle que ses parents ont tracée pour elle, et le surnom de Fouineuse dans le milieu journalistique. La mort tragique de sa sœur Laura va pourtant l'amener à mettre ses talents d'enquêtrice à son service propre : Gabrielle veut comprendre. La langue bien pendue, l'esprit acéré, elle se fait embaucher comme assistante de Stanislas, le fiancé « maudit » de sa sœur, un célèbre photographe dont la réputation de séduction n'est plus à faire.

 

Tous les ingrédients sont réunis pour lancer l'intrigue : une riche famille meurtrie par de nombreux décès à l'apparence accidentelle, une propriété immense, un majordome rigoureux, deux frères ennemis diamétralement opposés, une galerie de personnages secondaires, et une héroïne curieuse et déterminée.

 

Il est appréciable de voir que les personnages féminins sont très représentés dans ce roman, toutes générations et toutes professions confondues : il y a Gabrielle, bien sûr, héroïne à laquelle on s'attache très vite, la tante Louisa, délicieuse vieille dame maternelle, la cousine Olivia, charmante et vive, et les mannequins venues s'installer au château Beaumiracle pour les besoins d'une campagne publicitaire dont Stanislas est le photographe. Ces dernières ne donnent pas vraiment une image positive de la femme, entre petit pois dans la cervelle, langues perfides et pleurnicheries, ce qui ne fait que ressortir la douceur d'Hylliana et surtout bien sûr, l'intelligence de Gabrielle, celle-ci étant aux antipodes de ces demoiselles.

Stéphane Soutoul joue d'ailleurs des clichés tout au long du roman : le majordome froid et qui semble avoir l'oeil à tout, les mannequins envahissantes et écervelées, la journaliste intrépide qui mène l'enquête, les mésaventures de Gabrielle lors de ses escapades... On a beau le savoir, s'y attendre, cela procure de délicieux frissons tout au long de la lecture.

 

Deux personnages masculins dominent l'histoire, Stanislas et Mathis, les deux frères que tout oppose, tant physiquement que moralement. Mathis est le frère sombre et sérieux, habité par une certaine colère, marqué physiquement par le premier accident qui a signé le début de la série de morts tragiques, marqué émotionnellement aussi. J'aime ce genre de personnage sombre, qui derrière un comportement dur, s'avère sujet aux émotions puissantes.Stanislas en revanche incarne tout ce que je n'aime pas : certes extrêmement séduisant, talentueux aussi dans son domaine de photographe, il se montre volage, immature, égocentrique. Bien sûr, on le voit capable de sentiments, mais ces derniers sont toujours éphémères. En fait, cette quête désespérée du plaisir, cette façon de s'étourdir dans la futilité, le rend presque pathétique.

 

Si la partie sentimentale n'est pas au coeur de l'histoire, elle sert cependant l'intrigue car elle place Gabrielle dans une situation délicate : attirée par Mathis, elle doit pourtant rester objective dans l'hypothèse où il serait mêlé à ces morts, et son enquête l'oblige à rester proche d'un Stanislas qui ne l'attire pas le moins du monde.

 

Bien sûr, je ne vous dévoilerai pas les tenants et les aboutissants de l'histoire (malédiction ? Pas malédiction ? Coupable ? Pas coupable?), je vous dirai juste que je me suis prise au jeu, au cours de ma lecture, échafaudant des hypothèses, tâchant de chercher à lire entre les lignes pour dénicher des indices, d'analyser avec Gabrielle ses découvertes. J'ai été dans une lecture active et je dois dire que je suis fière d'avoir vu une partie des soupçons qui sont nés vers la moitié du roman se confirmer.

 

J'espère juste ne jamais me trouver dans la situation de l'Aurore du roman, et je garde une dent contre Stéphane pour un certain muffin... je m'y attendais, mais j'ai ragé !