Comme chaque année, le mois de décembre est propice aux petites histoires mignonnes et sans prétention. Celle-ci est née suite à un nouveau jeu sur facebook.

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Pour moi, cela a donné "Le lutin collectionneur de cadeaux". Le départ d'une petite histoire.

 

Tous mes écrits, romans et nouvelles, font l'objet d'un dépôt. Il est donc formellement interdit de les recopier ou de les reproduire, même partiellement, sans l'autorisation de l'auteur.

 

Il y a bien longtemps, les lutins ne se cachaient pas. Ils se mêlaient aux humains, leur apportant bienfaits ou au contraire mauvais sort selon leur nature. Les hommes avaient appris à les craindre et les respecter.

En ce mois de janvier enneigé, un lutin arriva en ville. Il n'avait pas de nom, ou du moins, personne ne le connaissait. Comme tous les lutins des foyers, celui-ci partit, sitôt arrivé, en quête d'une demeure où s'installer. Une riche famille de marchands lui ouvrit sa porte. Posséder un lutin dans son foyer était toujours une bonne chose. L'on ne manquait alors plus de rien, les repas devenaient somptueux, et la chance semblait toucher les heureux propriétaires. Le plus difficile, en revanche, était de convaincre le lutin de rester. Ces petites créatures magiques partaient si on ne les traitait pas correctement, mais aussi parfois sur un coup de tête. il fallait donc passer un contrat avec eux, car jamais ils ne revenaient sur leur parole. Le marchand, fort de son expérience, tenta donc de négocier avec le lutin afin de le convaincre de rester à leur service.

Je vous servirai fidèlement durant un mois, en échange de cette jolie poupée, déclara le petit homme.

La fillette de la maison, bien que ne jouant plus avec cette poupée depuis belle lurette, grimaça. Mais ses parents s'empressèrent d'accepter, assurant à leur fille qu'ils lui en offriraient une bien plus belle en contrepartie. Troquer les bienfaits d'un esprit du foyer contre une poupée bien quelconque était une bonne affaire, estimaient-ils.

C'est ainsi que le lutin s'installa dans son nouveau foyer, remplissant sa part du marché avec entrain. Jamais la maison ne fut plus propre et ses habitants mieux nourris. Les affaires du père prospérèrent.

Reste, homme du Petit Peuple, proposa le père, alors que le mois touchait à son terme.

Que m'offrez-vous, en échange ?

Que veux-tu ?

Je veux ce cheval à bascule, décréta le lutin en désignant le jouet.

Le père s'empressa d'accéder à sa requête, bien heureux de s'en sortir une fois encore à si bon compte.

Je resterai donc un mois de plus, affirma le lutin, après avoir emporté en un lieu connu de lui seul le cheval à bascule.

Les mois s'écoulèrent, et chaque fois, le lutin accepta de rester en échange d'un nouveau jouet. Pourtant, quelle ne fut pas la surprise de la famille, un beau matin de décembre, en découvrant que la créature magique avait disparu, emportant qui plus est toutes les denrées destinées au repas de Noël. Le père eut beau gronder, la mère vitupérer, rien n'y fit. Le lutin les avait bel et bien abandonnés, les privant de leur repas de Noël et, pire encore, de la chance qu'il leur avait apportée durant une année.

 

L'aube se levait. Mickael Kelly, un jeune garçon de dix ans, ouvrit les yeux. Noël. Cette idée ne provoquait aucune excitation en lui, c'était même plutôt le contraire. Ce jour ne serait guère différent de tous les autres jours de l'année. Leur père ne se rendrait pas à la mine de charbon dans laquelle il travaillait, sa mère ne se rendrait pas au lavoir où elle nettoyait le linge des riches bourgeois. Ce serait bien là la seule différence. Leur repas serait à peine plus consistant que d'habitude, composé d'une soupe claire et d'un morceau de pain. Surtout, il n'y aurait pas de cadeaux. Ils n'en avaient pas les moyens, en dépit de tous les efforts de ses parents. Mickael soupira, puis décida de se lever. L'unique pièce de leur modeste maison était encore plongée dans la pénombre, et les respirations paisibles de ses frères et sœurs se faisaient entendre dans le lit qu'ils partageaient tous les six. Dans une alcôve, un peu plus loin, dormaient ses parents. Sans bruit, le garçon s'extirpa de la tiédeur du lit.

Oh ! s'exclama-t-il.

Son cri réveilla toute la famille. Des exclamations de surprise jaillirent de toutes les bouches comme les Kelly découvraient le repas somptueux qui les attendait sur leur modeste table en bois.

Des cadeaux ! cria la plus petite.

Près de la cheminée où couvaient encore quelques braises, plusieurs paquets soigneusement emballés attendaient. Les enfants coururent aussitôt pour s'emparer des présents, déchirant avec enthousiasme les emballages, qui dévoilèrent une multitude de jouets. La petite Moïra, émerveillée, contemplait sa poupée comme si elle ne parvenait pas à croire que le jouet était réel, tandis que le jeune Shawn se balançait vivement sur un magnifique cheval à bascule.

D'où viennent tous ces trésors ? murmura madame Kelly, incrédule.

Leurs regards furent attirés par un mouvement. Là, un lutin, la tête couronnée d'un coquet bonnet rouge, achevait d'allumer les bougies qui décoraient la table.

Toi ? s'exclama Mickael.

Le lutin s'inclina longuement.

Joyeux Noël, petit maître, dit-il avec emphase.

Je ne suis pas ton maître, protesta le garçon abasourdi.

En me sauvant la vie, tu l'es devenu. Je te servirai fidèlement, tu ne verras jamais Esprit du foyer plus dévoué que moi.

Mickael, ému, se rappela ce jour de Noël, l'année précédente, où il avait sorti de la rivière gelée un minuscule bonhomme frigorifié. Le lutin – car le bonnet rouge, si caractéristique, le désignait comme tel – avait éternué, plusieurs fois, avant de disparaître, sans un mot. Le garçon avait soupiré, marmonnant que Noël n'était décidément par une fête pour les Kelly. Et voilà qu'une année plus tard, son geste lui valait, ainsi qu'à toute sa famille, de vivre un Noël magique.

Ce fut dans un brouhaha joyeux de rires et de cris que les Kelly prirent place pour festoyer. Ils ne devinrent jamais riches, mais grâce à leur lutin et à la chance dont il était porteur, jamais ils ne manquèrent de rien à compter de ce jour.

 

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