Comme l'obsidienne, de V.I Prates

 

J'ai déjà beaucoup apprécié le premier roman de cet auteur, Journal d'une tueuse (chronique ici), j'attendais donc le bon moment pour me plonger dans Comme l'obsidienne. La couverture est belle, à la bois sobre, élégante et mystérieuse. Le résumé m'a intriguée...

 

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Je ne suis personne. Juste une âme perdue qui se réveille au milieu de nulle part, sans souvenirs, sans nom et sans passé.

La seule chose qui me relie au monde, c'est ce signe d'appartenance à la cité d'Héraklion. Une cité parfaite où le vice, le mensonge, le crime n'existent pas et où les étrangers ne sont pas admis. La question qui m'obsède à présent, c'est pourquoi j'en ai été bannie ?

J’ai besoin de connaître la vérité sur mon histoire, ainsi que sur mes actes. Et pour cela, je n’ai qu’une solution : me soumettre aux sept épreuves qui sont imposées à quiconque souhaite pénétrer dans la cité.

Un pari risqué. Un pari mortel.

Si je réussis, je serai à nouveau admise parmi eux, au risque d'être reconnue. Si j’échoue, j’en mourrai.

 

 

Tout d'abord, je dois dire que pour une fois, la narration au présent ne m'a absolument pas dérangée. D'habitude, je ne suis vraiment pas fan de ce choix, mais là, c'est pleinement justifié : nous suivons pas à pas une jeune femme qui ignore tout de son passé, s'interroge sur son avenir, et de fait, vit pleinement le moment présent. Cette narration au présent, ajoutée au choix de la première personne du singulier, fait que nous suivons le parcours de l'héroïne au plus près. C'est très bien écrit, fluide, avec un bon rythme prenant qui laisse la place à des moments de pause pour mieux nous embarquer ensuite dans un nouveau rebondissement.

 

Plus d'une fois, et bien que les histoires soient radicalement différentes, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'un de mes romans préférés, Le Poison écarlate, de Maria V Snyder : j'ai retrouvé avec Comme l'obsidienne les sensations que j'ai eues il y a des années avec le Poison écarlate : prise dans ma lecture, avec grand hâte de m'y replonger pour mieux comprendre le monde dans lequel évolue l'héroïne et une multitude de questions sur les autres personnages et leurs motivations.

 

Le roman s'ouvre sur le réveil de notre héroïne en pleine forêt, amnésique. Elle ne se rappelle même pas son nom. Tout semble indiquer qu'elle a été retenue prisonnière et qu'elle est parvenue à s'échapper. Recueillie par un couple, elle va tenter de recouvrer ses souvenirs tout en découvrant un monde qui ne lui dit absolument rien et la fascine. C'est une marque, tatouée sur son corps, qui lui fournit un premier indice sur ses origines : elle vient d'Héraklion, cité mythique, réputée parfaite et vivant en autarcie. De nombreuses rumeurs courent, mais rien ne vient les étayer. Une seule certitude : personne ne quitte la cité... sauf en cas de bannissement. Pour la jeune femme, il devient primordial de savoir ce qu'elle a pu faire, quels actes irréparables elle a pu commettre, pour en arriver à être rejetée par son monde. Ayant adopté le nom de Fallon et changé son apparence physique, elle se rend donc aux portes d'Héraklion, déterminée à se soumettre aux 7 épreuves qui permettent à un étranger de vivre dans la cité. Des épreuves mortelles, que personne n'a jamais réussies. Fallon ne flanche pas.

 

J'ai été surprise par cette partie du roman : je m'attendais à voir Fallon enchaîner ses épreuves à la Hunger games, peut-être, mais elle est accueillie comme une invitée de marque par les Grands, une fratrie qui dirige la cité : Terence, Delane et Tamsyn. On lui octroie une tenue, une chambre, une servante. Certes, elle est surveillée, sa chambre ne lui permet pas de s'enfuir par la fenêtre et elle ne peut se promener librement, mais c'est inattendu. On découvre ainsi en même temps que Fallon le fonctionnement de la cité parfaite : nourriture et soins sont prodigués gratuitement aux habitants, des festivités sont organisées durant 3 jours après 18 journées consacrées au travail. Si certaines coutumes lui semblent un peu étranges (la population féminine étant plus nombreuse, chaque homme peut donc avoir deux épouses), l'ensemble lui fait plutôt bonne impression et renforce son désir de savoir quel crime elle pu commettre.

Chaque épreuve vise à déterminer la bonté, la force morale et physique, le sens du sacrifice... des candidats en les soumettant à des tests tout à la fois physiques et psychologiques. Là encore, j'ai été surprise, dans le bon sens du terme, par la nature des épreuves. Chaperonnée par les Grands, Fallon entame donc un parcours semé d'embûches. Pour découvrir que la cité parfaite a des failles, soigneusement masquées, mais qui menacent de plus en plus d'éclater. La première de ces failles, ce sont les Voleurs, cette bande de renégats qui défient l'ordre établi. Pourquoi ? Encore un mystère que Fallon va tenter de résoudre.

 

Les personnages sont attachants, d'Analina et Lohan (même si ce dernier est plutôt bourru), en passant par Lohr, Kail, Mésamé. Ils sont développés juste ce qu'il faut, mais sans entrer dans trop de détails, je me dis qu'il y a matière à exploiter pour une éventuelle suite... Je ne sais pas si c'est prévu, mais j'adorerais... Les Grands en revanche sont ambigus, juste ce qu'il faut pour que l'on s'interroge sur leurs motivations : sont-ils aussi bons et bienveillants qu'ils veulent le faire croire, ignorent-ils vraiment ce qui se passe en sous-main dans leur belle cité, ou en sont-ils les instigateurs ? Délane et Terence s'intéressent-ils à Fallon pour son courage, le vent d'exotisme qu'elle apporte, ou ont-ils d'autres raisons de lui prêter tant d'attention ? Pourquoi Fallon se découvre-t-elle des aptitudes étonnantes, comme cette connaissance des poisons ? Bref, autant de questions auxquelles notre héroïne, pas à pas, va nous apporter des réponses. Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que rien n'est évident, à aucun moment je ne me suis dit "ça va se passer comme ça, forcément", pourtant tout est logique.

 

Pour ce qui est du titre, il prend son sens lorsque Fallon découvre enfin qui elle était dans cette cité, mais chut ! je ne vous en dirai pas plus. Je dois dire que si la fin est une vraie fin, il y a quelques portes restées entrouvertes, et je ne serais pas contre une suite (oui, je me répète), avec pourquoi pas Luciné et Lohr, à tout hasard. J'aime beaucoup la façon dont V.I Prates achève ses romans, c'est original (du moins pour moi).