Bien mal acquis ne profite jamais...

 

Tous mes écrits, romans et nouvelles, font l'objet d'un dépôt. Il est donc formellement interdit de les recopier ou de les reproduire, même partiellement, sans l'autorisation de l'auteur.

Note de l'auteur : Toute ressemblance avec des faits ou des personnes ayant existé n'est absolument pas fortuite.

 

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Le hurlement réveilla en sursaut Lucifer, qui courut aussitôt se cacher dans son placard favori. Tapi au milieu des vêtements, le chat aux aguets écouta sa maîtresse vitupérer. Azilis avait un caractère emporté, pourtant, de mémoire de chat, jamais encore il ne l'avait vue aussi furieuse.

Dans son bureau, Azilis faisait les cent pas, s'arrêtant régulièrement devant son écran d'ordinateur pour relire le mail qu'elle venait de recevoir. Le litige était clôturé, et non contente de devoir rembourser l'arnaqueuse qui l'avait ouvert, elle allait devoir se fendre de frais de dossier faramineux.

Je vais lui faire regretter de s'en être prise à une Kergallen ! clama la jeune femme d'un ton outragé que n'aurait pas renié Morgane, sa soeur actrice. Oser me commander un de mes romans dédicacé et m'arnaquer ensuite... Et en plus, nous sommes au moins douze auteurs concernés. La garce !

Environ deux semaines plus tôt, Azilis avait eu la surprise de voir un paiement effectué cinq mois auparavant faire l'objet d'une contestation. Laura Vessalgon était une de ses plus fidèles lectrices. Pour une jeune auteur comme Azilis, ces gens qui la suivaient, l'encourageaient, étaient précieux. Certes, Laura était parfois un peu exigeante, réclamant un petit mot de ses personnages préférés en guise de dédicace, ou s'assurant qu'elle recevrait un marque-page avec sa commande, mais c'était bien peu de choses au regard du soutien indéfectible qu'elle lui apportait, sans oublier bon nombre d'autres auteurs. En dépit des preuves apportées en réponse au litige, Azilis se voyait infliger la double peine : elle avait perdu son livre, les frais de port, et devait payer les frais de dossier.

Attends un peu ma cocotte, tu vas voir de quel bois je me chauffe.

Résolue, Azilis se dirigea vers sa chambre d'amis, une petite pièce qui lui servait aussi parfois à pratiquer ses rituels magiques. D'un geste sûr né d'une longue habitude, la jeune femme sortit un gros ouvrage dont elle tourna les pages. Dans ce livre, elle avait consigné soigneusement un certain nombre de formules et rituels qui lui avaient semblé intéressants. C'était son « livre des Ombres », le précieux compagnon de toute sorcière qui se respecte.

Alors... je ne peux pas lui jeter mon sort habituel d'impuissance, ça c'est réservé aux hommes, murmura Azilis. L'incontinence ?

Obliger Laura à porter des couches à vie était une vision assez réjouissante, mais cela ne la punirait pas véritablement pour l'escroquerie dont Azilis et ses amis auteurs étaient victimes. Elle penserait à un problème médical – qui lui pourrirait néanmoins bien la vie –  mais ne retirerait aucune leçon de ses actes. Azilis s'empara de son téléphone portable et composa rapidement le numéro de sa grand-mère.

Bien mal acquis ne profite jamais, fit la voix rieuse de Sophie lorsqu'elle décrocha.

Tu sais donc pourquoi je t'appelle, sourit Azilis, déjà plus détendue.

Sophie, surnommée affectueusement la Siphonnée, était une puissance devineresse dont les visions avaient tendance à lui donner l'air d'une folle. Mais lorsque les prémonitions ne l'assaillaient pas, c'était une charmante vieille dame, malicieuse et imaginative, toujours de bon conseil pour la jeune génération de magiciennes Kergallen.

Te rappelles-tu la punition des trois filles qui avaient embêté Gaëlle au lycée ? demanda Sophie.

Oui.

Ces petites pestes s'étaient cruellement moqué de sa cousine Gaëlle, de son surpoids. Sophie et sa sœur, Athénaïs, avaient infligé d'horribles bubons aux trois filles, qui étaient devenues la risée du lycée. (voir la nouvelle Cauchemar, dans le tome 3,5)

Il faut donc que je frappe par là même où Laura a voulu jouer à la plus maligne, résuma à voix haute Azilis.

Déjà, son esprit bouillonnait.

Bien mal acquis ne profite jamais, répéta Sophie avant de raccrocher sans autre forme de procès.

Laura avait réussi à voler pour plusieurs centaines d'euros, sans égards pour les auteurs qu'elle plaçait parfois dans une situation difficile financièrement.

J'espère que tu t'étoufferas avec cet argent, siffla Azilis, saisie d'un regain de colère.

La jeune femme se figea. La solution était là, bien sûr ! Cet argent, acquis frauduleusement, n'apporterait rien de bon à l'arnaqueuse, bien au contraire. Chaque centime dépensé se solderait par une multitude d'ennuis. Rassérénée par cette perspective, Azilis entreprit de préparer le sortilège qui lui permettrait de rendre la monnaie de sa pièce à Laura. Objets défectueux, nourriture avariée, déjà elle imaginait toutes les conséquences sur les achats futurs de la voleuse.

Quel dommage que je ne puisse rien dire aux autres, soupira la jeune femme, songeant aux autres auteurs.

Ils ne sauraient sans doute jamais qu'ils avaient été vengés au centuple grâce à la magie...

 

 

Si vous ne suivez pas mon actualité sur facebook, vous vous demandez peut-être les raisons de ce texte : sachez que l'arnaque dont Azilis est victime, je la vis actuellement, ainsi qu'une douzaine d'autres auteurs. Je ne peux hélas pas recourir à la magie pour me venger de celle qui a réussi à se faire rembourser indûment les livres qu'elle a reçus en dépit des preuves que nous avons apportées, j'ai donc décidé de me défouler avec ce petit texte.