Les Légendes de Djaïd -1 : Tristan et Izabeau

 

 

Djaïd, un monde disparu dont Ysaline Fearfaol, la chroniqueuse de la Meute de Chânais, nous conte les histoires les plus marquantes lorsque les aventures de nos turbulents loups-garous lui en laissent le temps. Un monde où la magie règne, et où s'est épanouie une lignée de femmes hors du commun. Ce premier tome nous permet d'en apprendre un peu plus sur cette lignée, avec l'histoire d'Izabeau la rebelle et de Tristan.

 

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Beau, riche et arrogant, Tristan de Beaumont fait depuis toujours la loi au sein de la communauté des fils et filles de planteurs. Il est d’autant plus irrité par l’attitude d’Izabeau de Clairage, la seule à oser lui tenir tête avec succès, bien qu'il fasse tout pour l'ostraciser. Issue d’une lignée de femmes-félins, et possédant de puissants pouvoirs propres à celles de sa race, Izabeau sait que son avenir est irrévocablement lié au destin de celui qu’elle méprise. Mais ce qui semble un sort funeste va frapper Tristan de plein fouet et le mettre à la merci de ses ennemis. Contraint de plier, lui qui a toujours dominé, il ignore que de son côté Izabeau arrive elle aussi à un tournant de son existence, qui pourrait les priver tous les deux de la possibilité de choisir leur avenir..

 

Ce roman a toutes les apparences d'une romance historique, mais attention, ce n'est pas une romance historique : Ne cherchez pas une quelconque vérité historique, oubliez vos références habituelles ! Ici, pas de corset, et des jeunes filles de bonne famille libres de vivre leurs amours ou aventures sans subir le poids des reproches.

 

Pourtant, quiconque a lu Shanna de Kathleen Woodiwiss se dira que le contexte est assez proche : des plantations sur lesquelles travaillent des esclaves, une relation tumultueuse entre Tristan et Izabeau qui peut, par moment, nous renvoyer à celle de Ruark et Shanna. Sauf que Ruark et Shanna, c'était une version très romanesque et édulcorée, loin de la dureté de ce monde de plantations. Ysaline Fearfaol a fait le choix de ne pas masquer cette dureté, mieux, elle s'en sert pour rendre son histoire plus intense.

 

Mais encore une fois, ce n'est pas une romance historique, et la magie vient s'en mêler.

Izabeau, issue d'une lignée de femmes-félins, sait depuis son plus jeune âge qu'elle devra un jour, comme toutes les femmes de sa lignée, affronter son destin, un destin semé d'embûches, et dans lequel l'arrogant Tristan de Beaumont joue un rôle essentiel. Libre et sauvage, elle aime s'isoler en forêt et s'investit dans la bonne marche du domaine familial, sous le regard bienveillant de ses parents. Quelque peu mise à l'écart par ses pairs, Izabeau garde la tête haute : on la met à l'écart en raison du pouvoir qui coule dans ses veines, mais surtout parce que Tristan, qui l'a toujours détestée, fait tout pour l'ostraciser, avec plus ou moins de succès. Seuls quelques « rebelles » ne plient pas devant Tristan : Izabeau, qui sort toujours victorieuse de leurs joutes verbales, au grand dam de Tristan, et Vance de Draillac, son éternel rival.

 

Tristan... autant vous le dire, au début du roman, il est odieux. On ne l'imagine pas devenir sympathique et encore moins devenir LE héros de romance par excellence. Certes, il n'a pas que des défauts, et son dévouement envers son jeune frère handicapé, Cory, est admirable. Mais pour le reste, il est parfaitement haïssable ! Que ce soit envers ses pairs ou les esclaves, Tristan se montre arrogant, dominateur, méprisant. Son statut de fils de planteur lui donne l'impression d'être au-dessus des lois et du commun des mortels. La chute n'en sera que plus dure. Tristan va apprendre l'humiliation, la peur, la douleur. Il en sortira totalement transformé. Il aura appris l'amour, la compassion, l'humilité. Ce qui ne le rendra pas moins dangereux pour autant, et n'en fera pas un homme apprivoisé. Le tour de force d'Ysaline Fearfaol est de parvenir à nous faire aimer ce jeune homme trop gâté, à nous le faire prendre en pitié parfois, même si au début, on se dit « Bien fait pour lui, il l'a bien mérité. » Nous suivons l'évolution du personnage sur plusieurs années, nous le voyons apprendre, observer, se remettre en question, découvrir le monde avec un nouveau regard. Il est clairement LE personnage du roman.

 

Izabeau, mystérieuse jeune femme proche de la nature, est une héroïne qui sort de l'ordinaire. Elle peut se montrer extrêmement humaine et bienveillante envers les plus faibles, mais très dure, impitoyable même, envers ceux qui abusent de leur pouvoir. D'où son inimitié avec Tristan. Elle refuse de plier et se plaît à lui montrer qu'il ne fait pas la pluie et le beau temps. Pourtant, lorsque le jeune homme va tomber de son piédestal, elle ne fera pas partie des charognards qui viendront se repaître du spectacle. Avec elle, Tristan ne saura pas, durant longtemps, sur quel pied danser. Tour à tour douce et sévère, exigeante et tendre, la jeune femme conserve sa part de mystère et d'imprévisibilité. Elle sait que le destin est en marche et ne lui laisse que peu de choix, aussi se laisse-t-elle porter par les événements en attendant de comprendre ce que le futur lui réserve.

 

Si la relation du couple de héros est bien sûr au cœur de l'histoire, il ne faut pas oublier les personnages secondaires et quelques intrigues d'arrière-plan qui pimentent le roman : si l'on est touché par Cory, le frère de Tristan, au caractère plus affirmé qu'on ne le pense de prime abord, on est aussi amusé par Vance, personnage sympathique et parfois ambigu. Il y a l'ami qui ne lâchera jamais Tristan en dépit de tout, ainsi que les parents d'Izabeau, couple émouvant et plein d'humour qui se porte un amour qui fait rêver, et certains esclaves qui vont gagner leurs lettres de noblesse auprès de Tristan en s'avérant plus généreux que les planteurs. Et puis, le roman n'aurait pas pu exister sans les méchants : Drustan, l'horrible contremaître du domaine de Clairage, la perfide Tracy, ces soi-disant amis qui seront les premiers à répandre mensonges et rumeurs lorsque Tristan sera tombé, et ces mystérieux ennemis qui ont orchestré la chute de Tristan avec une minutie machiavélique. Pourquoi, comment, telle est la question à laquelle répondra le roman, et vous risquez d'être surpris.

 

En résumé, un roman intense qui vous prend de la première à la dernière page, et un univers, celui de Djaïd, dont vous attendrez avec impatience une nouvelle légende. La plume d'Ysaline est toujours aussi efficace et addictive, et l'originalité de ses histoires ne cesse de me ravir.

 

Enfin, je terminerai avec la couverture, réalisée par la talentueuse Fleurine Rétoré, du Monde de Fleurine. J'aime déjà énormément les couvertures qu'elle a imaginées pour la Meute de Chânais, mais celle-ci est un petit bijou. Regardez comme Izabeau est belle et fière, avec sa panthère à ses côtés, devant la demeure familiale...