Le délire du soir : dites merci à notre Cruella Aurélie Venem, qui m'a mise hier au défi d'écrire l'histoire de Benjamin, le fleuriste agressif, suite à un petit jeu qui circule sur facebook.

 

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Comme ça m'inspire moyennement pour un roman, j'ai décidé, pour rire, d'écrire une petite nouvelle, vite fait. Un peu comme l'histoire de Kieran et des carottes (voir le recueil de nouvelles), il y a quelque temps... Voici donc, écrite en 10 minutes, l'histoire de Benjamin, confronté à la plus douce de mes Chipies, Gaëlle.

Tous mes écrits, romans et nouvelles, font l'objet d'un dépôt. Il est donc formellement interdit de les recopier ou de les reproduire, même partiellement, sans l'autorisation de l'auteur.

 

C'était insupportable. Gaëlle aurait voulu pouvoir ignorer les cris des plantes et des fleurs, mais étant une sorcière connectée à la flore et pouvant communiquer avec celle-ci, il lui était tout simplement impossible de se fermer à ce carnage.
— Benjamin ! cria-t-elle. Vous êtes viré !
L'interpellé releva la tête, le sécateur brandi, sur le point d'étêter une nouvelle victime. Il faisait vraiment peur, armé ainsi, les traits encore crispés par la concentration, le visage rougi tant il mettait de cœur à l'ouvrage...
— Qu'est-ce que j'ai fait ? grogna-t-il.
— Il ose demander ce qu'il a fait ! s'exclama la jeune femme en prenant un bel arbuste à quelques pas de là comme témoin. Je vous ai dit, quand je vous ai engagé, que j'attendais de la douceur avec les plantes. Regardez-moi ça.
Benjamin suivit du regard le geste de Gaëlle, qui désignait les feuilles et autres petits branchages qui gisaient au sol. Perplexe, il se gratta la tête avec la pointe du sécateur.
— Ben quoi ? demanda-t-il. Vous m'avez bien demandé de tailler la haie, non ?
— En douceur, Benjamin, en douceur. Là... on pourrait faire un remake de Massacre à la tronçonneuse.
— Je n'utilise pas la tronçonneuse pour tailler ce genre de haie, fit remarquer Benjamin, qui ne brillait décidément pas par son intelligence.
Gaëlle inspira profondément. Elle qui était toujours d'humeur égale, voire enjouée, se sentait les nerfs à vif. Benjamin n'était là que depuis le matin, et pourtant il avait réussi à transformer sa journée en cauchemar, et sa petite jardinerie ressemblait à l'antre d'un psychopathe. Il avait même envoyé un bouquet à la figure d'une cliente, qui avait réclamé des tulipes rouges et à qui il avait mis des tulipes jaunes.
— Des tulipes, c'est des tulipes, avait-il dit.
Il avait fallu toute la diplomatie de Gaëlle pour apaiser la situation. Elle avait envoyé Benjamin tailler une haie, se disant qu'un travail plus physique lui ferait du bien, et offert naturellement à la cliente outragée le bouquet de tulipes rouges. Et à présent, elle découvrait que Benjamin torturait ses pauvres arbustes...
Bien sûr, sa réaction devait sembler excessive, mais le fait que Benjamin ignore qu'elle était une sorcière et qu'elle entretenait un lien très particulier avec ses fleurs n'excusait pas l'agressivité dont il faisait preuve quand il travaillait.
— Benjamin, vous êtes viré, répéta-t-elle, s'efforçant au calme.
— Vous êtes une grande malade, vous savez ça ? s'exclama son futur ex-employé, le regard noir.
Il s'avança en direction de Gaëlle, son sécateur brandi comme une arme, et la jeune femme eut vraiment peur. Une racine de l'arbuste vint soudain se prendre dans les pieds du fleuriste agressif, qui s'étala au sol. Le sécateur atterrit aux pieds de Gaëlle, qui s'empressa de le ramasser.
— Au revoir, Benjamin.
L'homme eut soudain l'impression que la haie qu'il taillait rudement deux minutes plus tôt était en train de se hérisser, tendant des doigts griffus dans sa direction, comme pour se saisir de lui et … Il se releva d'un bond maladroit et sortit en courant de la jardinerie comme s'il avait le diable aux trousses.
— Mes pauvres chéries, murmura Gaëlle en caressant ses plantes du bout des doigts. C'est promis, je n'embaucherai plus ce genre de psychopathe.
Les plantes s'apaisèrent, la haie reprit son aspect habituel. Quelques minutes plus tard, la jardinerie avait retrouvé son habituelle sérénité, et le doux murmure des fleurs et des plantes vint caresser l'esprit de Gaëlle.