Voici le sujet d'inspiration musicale du mois de novembre sur l'Antre des mots : River flows in you, de Yiruma, compositeur et pianiste sud-coréen. Une ravissante mélodie au piano qui m'a inspiré une image de légèreté et de joie.

 

Tous mes écrits, romans et nouvelles, font l'objet d'un dépôt. Il est donc formellement interdit de les recopier ou de les reproduire, même partiellement, sans l'autorisation de l'auteur

 

Yiruma - River Flows In You

 

Une goutte de rosée vint se déposer sur le cocon. Légère, la goutte glissa jusqu'à rester suspendue un instant au-dessus du vide, avant de se détacher et de poursuivre sa chute. À l'intérieur de la chrysalide, il y eut un léger frémissement. Aina ouvrit les yeux dans la pénombre. Doucement, elle s'étira. Ses membres étaient engourdis par le long sommeil dans lequel elle avait été plongée. Dans son dos, elle pouvait sentir ses ailes. Un sourire étira les lèvres de la jeune fille : ça y est, elle était une fée à part entière.

Quelques semaines plus tôt, Aina s'était glissée dans son cocon avant de s'endormir. Il fallait laisser la nature oeuvrer. C'était à présent chose faite, ses ailes avaient poussé et ne demandaient qu'à être déployées. La fée entreprit de créer une ouverture dans la paroi qui l'avait protégée au cours du processus. Un rai de lumière perça l'obscurité, un petit courant d'air chassa la chaleur douillette dans laquelle elle baignait et un petit frisson d'anticipation agita Aina : le monde, le vaste monde, l'attendait...

La fée agrandit l'ouverture et se hissa hors du cocon. Dehors, la nature s'éveillait. C'était l'heure où le soleil se levait, où la faune et la flore nocturnes s'endormaient pour laisser place à leurs sœurs diurnes. Aina se mit debout sur une branche et tourna la tête pour apercevoir ses ailes. Un soupir de bonheur lui échappa lorsqu'elle découvrit les écailles soyeuses, d'un bleu vibrant, qui recouvraient ses ailes. Elle s'était longuement interrogée sur leur aspect, espérant qu'elles seraient belles, et était rassurée. Mais des ailes, si belles soient-elles, devaient avant tout transporter une fée. Ce fut le cœur battant qu'Aina se tourna pour regarder autour d'elle, s'apprêtant à accomplir son premier envol.

Soudain, l'arbuste dans lequel elle avait installé son cocon lui parut bien haut. Et si elle ne parvenait pas à voler ? Si elle tombait, pour venir s'écraser au sol ? De mémoire de fée, cela ne s'était jamais produit, mais il y avait une première fois à tout, n'est-ce pas ? Dans son dos, les ailes frémissaient. Aina contracta les muscles pour imprimer un battement aux membranes. Oui, elle pouvait battre des ailes. Cela ne la rassura pas vraiment, cependant. Elle accéléra la mouvement et quelque chose grandit en elle, un besoin, une envie. C'était tellement puissant que, sans vraiment y penser, Aina s'approcha du bord de la branche. Le vide l'appelait et elle s'y élança.

Aina poussa un cri de terreur. Tout semblait tournoyer autour d'elle, elle perdait ses repères. Dans son dos, les ailes battaient frénétiquement. Enfin, le paysage cessa de tournoyer et la fée réalisa que, loin de s'écraser au sol, comme elle le craignait, elle avait réussi au contraire à s'élever dans les airs. Un rire lui échappa et elle resta suspendue, les mains pressées contre son cœur. Enfin, enfin, elle volait ! Ce fut plus fort qu'elle, la fée commença à voleter de ci, de là, avant de s'élancer, dessinant des spirales invisibles. Et tandis qu'elle évoluait, de plus en plus aisément, ses ailes, merveilleuses, fortes, la soulevaient, répondant au moindre de ses mouvements. Chaque geste lui venait, inné, sans qu'elle ait besoin de réfléchir. Ses sœurs le lui avaient dit bien souvent, mais Aina n'avait pas voulu y croire. L'instinct des fées l'habitait et elle fendait les airs à tire-d'aile, heureuse, libre, légère. Un papillon aux douces couleurs se joignit à elle quelques minutes, avant de retourner butiner les fleurs. Aina évolua encore un instant, libre et sereine, savourant ce moment unique, gravant dans sa mémoire chaque seconde. Un jour, à son tour, elle pourrait raconter son premier envol à sa fille et elle voulait pouvoir décrire les sensations qui la parcouraient, les émotions qui l'animaient. Il n'y avait pas de mot pour cela, comprit-elle. On vivait, on ressentait, voilà tout.

Lentement, épuisée mais heureuse, la fée retourna sur la branche sur laquelle elle se posa avec grâce. Les membres flageolant de fatigue et d'émotion, elle s'assit, genoux repliés et enlacés entre ses bras, les ailes reposant derrière elle comme une traîne, et elle contempla le paysage autour d'elle. Aina sourit : après s'être reposée, elle irait retrouver les siens et demain, elle volerait en compagnie des autres fées. C'était le début d'une nouvelle vie...

 

 

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