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 Episode 1

 

 

Charles inspira profondément pour tenter de se donner du courage. Une nouvelle journée commençait. Une nouvelle journée en enfer. Il avait perdu le compte du nombre de journées infernales écoulées depuis que la Meute lui avait mis la main dessus, et il préférait ne pas penser à toutes celles qui l'attendaient.

Chaque jour, les de Chânais trouvaient une nouvelle idée pour le torturer. Qu'inventeraient-ils, aujourd'hui ? C'était la question que l'ancien mannequin se posait, chaque matin, avec anxiété. La peur lui tordait les entrailles tandis qu'il se dirigeait vers la salle à manger comme un condamné se rend à l'échafaud. Ses journées commençaient toujours de la même façon : il se présentait dans la pièce où la meute prenait le petit-déjeuner et attendait que Blodwyn, Aloys, ou un autre de Chânais, lui donne ses instructions. Il en était venu à appeler de ses vœux les corvées ménagères, qui lui donnaient la chance – oui, la chance ! – d'échapper aux défilés au Midnight fever. Oui, il préférait encore frotter le sol du manoir avec une brosse à dents plutôt que de défiler en string sur la scène du club. Il était vraiment tombé bien bas.

— Charles !

La voix sèche de Blodwyn de Chânais claqua et Charles se liquéfia sur place.

— Je suis là, mademoiselle de Chânais, parvint-il à dire dans un souffle.

— Où est ce bon à rien ? tonna la petite louve. Charles ! Ramène-toi fissa si tu ne veux pas inaugurer un nouveau string au Midnight !

— Je suis là, mademoiselle de Chânais, répéta Charles, paniqué, en se plantant devant celle qui était devenue son enfer personnel.

— En fait, je crois que Charles aime, non, qu'il adore, les strings, remarqua nonchalamment Faolan. Sinon, il serait déjà planté au garde à vous devant toi, avec son regard larmoyant de pathétique créature.

— Je suis là !

Comment pouvaient-ils ne pas le voir, alors qu'il se tenait sous leur nez ? Était-ce un de leurs jeux ? Charles regarda autour de lui, et son regard implorant se posa sur Yseult, plongée dans une conversation avec Ailis.

— Attends un peu que je lui mette la main dessus, poursuivit Blodwyn.

Son sourire n'augurait rien de bon.

— Je suis là, je suis là ! Lança Charles, paniqué, en agitant les bras en tous sens.

Il devait ressembler à un pantin désarticulé, mais tant pis. Sa fierté n'était de toute façon plus qu'un lointain souvenir. Une chose incroyable se produisit alors : la petite louve se leva et avança droit sur l'ancien mannequin, si vite qu'il ne put se reculer pour la laisser passer. Pourtant, la collision tant redoutée n'eut pas lieu : Blodwyn passa à travers Charles. Pétrifié, ce dernier regarda la louve s'éloigner, avant de sursauter lorsque Faolan le traversa à son tour.

Un fantôme. Il était devenu un fantôme ! Anéanti, Charles vit le reste de la tablée poursuivre son petit-déjeuner sans lui prêter la moindre attention.

— Je n'aimerais pas être à la place de Charles quand Blod le trouvera, ricana Aloys.

— Il va se faire massacrer, renchérit Ciaran.

La perspective d'assister au spectacle semblait réjouir sincèrement la meute. Charles quitta la pièce, en quête d'une personne susceptible de le voir. Il devait bien y avoir quelqu'un capable de remarquer sa présence, non ? Certes, aux yeux de la meute, il était plus ou moins invisible, mais c'était la marque du mépris que les de Chânais éprouvaient pour lui. Mais devenir vraiment invisible... transparent... pour lui qui avait fait la une des magazines, qui avait défilé pour les plus grands, c'était le cauchemar ultime. Jamais il n'aurait imaginé qu'il pourrait se trouver confronté à pire situation que ses exhibitions humiliantes au Midnight Fever. Et pourtant...

 

L'oreille tendue, les loups attendirent que Charles se soit suffisamment éloigné pour laisser libre cours à leur hilarité. Aloys fut le premier à laisser échapper un gloussement, bientôt imité par les autres. Durant plusieurs minutes, la salle résonna de leurs éclats de rire.

— Oh, c'est génial ! s'esclaffa Eanna en essuyant une larme au coin de son œil.

— La tête de Charles quand il a réalisé ce qui lui arrivait ! renchérit Ailis.

— « Je suis là ! Je suis là ! » singea Ciaran d'une voix de fausset.

— Il faudra remercier les Kergallen pour ce sortilège, ajouta Yseult. Kieran a eu une idée géniale pour agrémenter notre journée.

— Il connaît bien le sujet, approuva Ailis. Et Azilis avait raison : dématérialiser Charles mais le garder visible, et lui faire croire qu'on ne le voit pas, c'est drôlissime !

— Heureusement qu'Aymeric n'était pas là, reprit Aloys, il n'aurait pas réussi à rester impassible s'il avait vu la façon dont ce crétin regardait Yseult.

— Je ne sais pas si j'arriverai à retenir mon envie de rire, la prochaine fois, fit Elwyn.

— Il le faut, décréta Aloys en se levant. Blod ne nous pardonnera jamais de lui gâcher son petit jeu. Je n'ai pas envie de porter un tablier à fleurs jusqu'à la Saint Glinglin, alors contrôler vos zygomatiques, les amis.

Les loups quittèrent un à un la pièce, se réjouissant à l'avance des mauvais tours qu'ils allaient jouer à Charles...

 

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