Je n'ai pas été chercher les informations bien loin, j'ai donc simplement repris une partie de l'article consacré à Beltaine sur Wikipédia :-) vous trouverez après l'article un petit texte de ma plume...

Beltaine (ou Beltane) est la troisième des quatre grandes fêtes religieuses de l'année celtique, fêtée le 1e mai. Elle vient après Samain et Imbolc et marque la fin de la saison sombre et le début de la saison claire, et le retour aux activités diurnes comme la chasse, la guerre mais aussi les cultures. Elle est en rapport avec les dieux Belenos ( dieu lumineux, associé à Appolon dans le panthéon romain), Lug (dieu majeur dans la mythologie celtique) et Belisama (équivalent féminin de Belenos).

Pour l'occasion, de grands feux sont allumés :  le « feu de Bel » est un feu de purification bénéfique que les druides étaient censés créer par leur magie et leurs incantations. Le Feu de Beltaine est puissant, sacré et fort, celui qui l’allume doit être une personne de pouvoir. Beltaine est l’exaltation du feu, élément druidique par excellence. Le bétail est amené à passer entre ces feux afin de le protéger des épidémies toute l'année.

De génération en génération, le folklore s’est emparé de Beltaine comme des autres fêtes celtiques et il en reste quelques usages comme la danse autour d’un mât de mai (un grand poteau planté dans le sol, symbole phallique, avec des rubans de toutes les couleurs attachés en son sommet, chaque participant tournant autour du mât avec un ruban dans la main), la pratique de la divination, les rituels de protection des maisons, les cueillettes de plantes (en particulier des orties), les sauts au-dessus des feux pour s’assurer bonheur et fertilité… Lors de la nuit du premier mai, le peuple évitait les lieux « fréquentés » par les fées et autres créatures du Petit Peuple parce que le voile entre leur monde et le nôtre est plus fin lors de la nuit de Beltaine.

 

 

Fotolia_65473619_XS - Copie

 

Je vous livre ici un extrait d'une nouvelle que j'ai commencée il y a quelques temps (il faudrait que je songe à la terminer), et dont l'une des scènes se déroule justement la nuit du 1er mai :

Pour vous situer l'histoire, Elisabeth, jeune fille noble, a découvert que le lac qui se trouve sur la propriété familiale est un ancien passage vers le monde des fées, fermé suite à un drame. Pourtant, Elizabeth peut voir l'autre monde et s'est liée d'amitié avec Kyrin, un jeune fé de son âge...

 

Olivia acheva de tresser les rubans dans les cheveux de son amie. Elle recula d'un pas pour admirer l'enchevêtrement de liens colorés dans la chevelure brillante d'Élisabeth. La natte épaisse reposait à présent sur une épaule. Élisabeth avait revêtu une ample jupe et une blouse blanche brodée de petites fleurs. Une large ceinture soulignait sa taille fine. Elle ne ressemblait plus à la parfaite fille du comte de Beauval mais à n'importe quelle jolie jeune fille de village prête à rejoindre les festivités organisées en l'honneur du premier mai.

Élisabeth se glissa sans bruit hors de sa chambre, suivie comme une ombre par Olivia. Le manoir était pratiquement désert. Ses parents avaient fort opportunément étés invités par un voisin et la jeune fille avait prétexté une grande fatigue pour échapper à la corvée de passer un dîner en compagnie de personnes toutes plus imbues d'elles mêmes les unes que les autres. Par chance, son fiancé n'y assistait pas, le comte et la comtesse avaient donc volontiers laissé leur fille se reposer.

Un petit rire échappa à Élisabeth. Puisque sa vie lui échappait et qu'elle serait bientôt une femme mariée et malheureuse,  elle avait décidé de profiter de cette nuit si particulière pour s'amuser vraiment une dernière fois. Au village, la fête du premier mai suscitait toujours l'enthousiasme, en dépit des grommellements du prêtre, qui considérait d'un mauvais œil cette fête païenne, destinée à accueillir l'été qui s'annonçait.

Elles partirent d'un bon pas, pressées de se joindre aux villageois. Déjà, les lueurs des torches et des lanternes, nombreuses en hommage au dieu celte Belenos, le dieu du feu, éclairaient le pré où se déroulaient les festivités. Des guirlandes de fleurs, qui rappelaient que cette fête était aussi celle des floralies romaines, complétaient la décoration. À peine arrivées, les deux jeunes filles furent accueillies par des femmes qui distribuaient des couronnes de fleurs. Elles s'en coiffèrent bien volontiers et commencèrent à déambuler, bras dessus, bras dessous, au milieu de la foule. Des bouteilles circulaient de mains en mains, chacun buvant quelques gorgées avant de passer la boisson à quelqu'un d'autre. Pour l'instant, l'ivresse était modérée et joyeuse, mais Élisabeth savait qu'il leur faudrait quitter la fête avant que les bagarres n'éclatent et que d'autres types d'ennuis se profilent.

— Ils vont se brûler ! s'exclama Olivia en regardant un groupe de jeunes gens qui se défiaient.

L'un après l'autre, ils sautaient par-dessus un grand feu, certains poussant des cris et frappant leurs vêtements pour en chasser les étincelles. Le rituel était supposé attirer sur eux chance et fertilité, mais Élisabeth les trouvait plutôt ridicules. Une brûlure mal placée risquait même de les priver de descendance ! se dit la jeune fille avant de rougir d'avoir de telles pensées. Kyrin, elle en était persuadée, aurait franchi l'obstacle avec l'assurance et l'élégance dont il faisait preuve en toute circonstance. Un instant, elle imagina le fé, ses yeux bleus brillant, les reflets des flammes dans ses cheveux dorés. Nul doute qu'il attirerait tous les regards et que les autres deviendraient invisibles aux yeux des jeunes filles.

Un peu plus loin, une gitane était entourée d'une foule de curieux venus se faire prédire l'avenir. Par jeu, Olivia entraîna son amie, poussant joyeusement ceux qui se trouvaient sur leur passage, sans prêter la moindre attention aux protestations.

— Ça ne m'intéresse pas, fit Élisabeth, mon avenir est tout tracé !

— Essaie, répondit Olivia en la poussant devant la gitane. Se faire dire la bonne aventure par une authentique gitane, voilà qui choquerait tes parents !

L'argument fit mouche. Élisabeth s'avança, non sans jeter un regard à son amie.

Déjà la gitane s'emparait de sa main pour en lire les lignes. C'était une femme déjà âgée, au teint mat. Ses yeux sombres, vifs, se voilèrent un instant tandis qu'elle observait la main d'Élisabeth.

— Vous partirez bientôt pour un voyage, dit-elle enfin. Là, vous attend votre âme-soeur. Il vous faudra renoncer à tout ce qui fait votre vie actuelle pour vivre à ses côtés.

Élisabeth, désabusée, laissa dire. En guise de voyage, elle pourrait bientôt se rendre à Versailles. Quant à son «âme-soeur », quelle plaisanterie ! Le marquis faisait battre le cœur de quelques filles à marier qu'un titre prestigieux suffisait à séduire, mais elle-même aspirait à tellement plus ! Bien sûr, la gitane lui disait ce que toute jeune fille venue la trouver souhaitait entendre. La voyante lui parlait de voyage, d'amour, de découverte, quand elle-même ne connaîtrait que quotidien morne et vie sans passion. Elisabeth glissa néanmoins une pièce dans la main de la gitane et s'apprêtait à s'éloigner lorsque celle-ci la retint d'une poigne étonnement ferme.

— Votre destin est écrit dans les lignes de votre main, fit-elle en plongeant ses grands yeux noirs dans ceux de la jeune fille. Ne laissez personne vous en détourner.

Hébétée, Élisabeth regarda la vieille femme se détourner pour se consacrer à une nouvelle cliente, une jeune fille rougissante qui voulait savoir si elle rencontrerait bientôt son promis.

Un peu partout, des chants et des danses égayaient l'ambiance déjà festive. On élirait bientôt le roi et la reine de mai.

— Vite, la pressa Olivia, son visage affichant la mine gourmande d'une petite fille devant un étal de friandises, l'arbre de mai a été dressé !

Le haut mat qui avait été planté au milieu du pré et au sommet duquel de longs rubans colorés avaient fixés attirait déjà une foule de personnes. Élisabeth se saisit en riant d'un long ruban rouge tandis qu'Olivia en prenait un bleu. Elles n'étaient pas les seules à se presser autour du grand mat, et bientôt tous se mirent à tourner dans le même sens, fermement accrochés à leurs rubans. Enchantée, portée par la bonne humeur ambiante, Élisabeth se laissa ensuite entraîner dans une farandole. Elle se sentait étonnement légère, virevoltant tant et plus, suivant la cadence rythmée, riant lorsque plusieurs jeunes gens audacieux parvinrent à lui voler un baiser. Elle en perdait la notion du temps. L'air embaumait, la musique, les rires, les chants, s'élevaient, et elle tournoyait, toujours plus vite. Quelques mèches de cheveux, échappées des rubans dont Olivia l'avait parée, collaient à son visage moite, mais elle n'en avait cure.

Ce fut la gitane qui vint soudain la tirer hors d'une des nombreuses rondes. Ses yeux brillaient intensément, son visage arborait une mine préoccupée tandis qu'elle entraînait Élisabeth hors du pré. Olivia les rejoignit et prit la main de son amie.

— J'aimerais rester encore un peu, protesta la jeune fille échevelée.

— Il faut partir, fit la gitane.

— La nuit est jeune, au contraire ! s'exclama Élisabeth en riant avant de s'arracher à la main d'Olivia pour tournoyer sur elle-même.

— Il est presque minuit, intervint Olivia.

— Le voile entre les deux mondes s'affine. Il ne faut pas vous laisser prendre dans une ronde à ce moment-là, ce pourrait être dangereux, ajouta la gitane.

— Comment ça ?

Intriguée, Élisabeth sentit l'euphorie la quitter, laissant place à la curiosité.

— Les rondes des fées. Il ne faut pas se laisser prendre par l'une d'elles sous peine d'y rester éternellement coincée.

— Mais... et les autres ? demanda la jeune fille en désignant les danseurs, à quelques pas delà.

— Ils ne craignent rien, ils ne voient pas les fées.

Pourquoi la gitane lui parlait-elle des fées ? Comment pouvait-elle savoir... ? Déjà, dans une envolée de jupons colorés, la femme avait disparu, comme engloutie par la foule joyeuse qui dansait follement.

— La ronde des fées, soupira Olivia, rêveuse. On dit qu'on ne ressent plus la faim, ni le froid, ni la fatigue, tandis que l'on danse avec elles.

— C'est une légende, Livie ! protesta sans conviction Élisabeth, frissonnant dans l'air frais à présent qu'elle ne dansait plus.

— Le miroir aux fées est une légende, pourtant il existe, rappela son amie. Viens, allons voir Kyrin.

Abasourdie, Élisabeth suivit Olivia à travers les bois.

— Comment sais-tu tout cela ? demanda-t-elle.

— Je le sais, répondit en souriant mystérieusement son amie.