Voici l'image inspiratrice de ce mois de mars sur le forum l'Antre des mots et le texte qui en découle.

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Le silence. Enfin. Ayana ferma les yeux et laissa le bien-être l'envahir. L'eau la libérait des voix qui saturaient son esprit. Doucement, elle se laissait flotter, ses cheveux bruns ondulant doucement autour de sa tête au gré des mouvements de l'eau. Elle se sentait bien, apaisée. Il n'y avait que cela pour faire taire les voix qui la hantaient depuis un an.

Un an d'enfer. Comment un petit orage d'été pouvait-il bouleverser une vie ainsi ? Il avait suffi d'un éclair pour tout changer. La foudre l'avait frappée, et depuis lors, Ayana entendait ces voix. Cinq voix, très exactement, deux femmes, trois hommes. Des inconnus qui pourtant étaient omniprésents, qui faisaient partie d'elle. D'eux, elle ne savait rien. Qui étaient-ils ? D'où venaient-ils ? Pouvaient-ils, eux aussi, percevoir ses pensées ? Existaient-ils seulement, ou s'agissait-il d'une quelconque hallucination ? Ayana avait tellement craint que sa santé mentale vacille qu'elle avait gardé le silence, endurant seule cet enfer quotidien.

Quelques semaines à subir cette cacophonie insupportable l'avaient amenée à un tel désespoir qu'elle avait cherché à mettre fin à ses jours. Le petit lac isolé, à quelques kilomètres de chez elle, lui avait semblé tout indiqué. Elle s'était lentement immergée dans l'eau, jusqu'à perdre pied, et s'était laissée couler. À peine avait-elle mis la tête sous l'eau que les voix s'étaient tues. Surprise, la jeune femme était remontée à la surface. Les voix avaient murmuré dans son esprit, mais tellement affaiblies qu'elle avait pu, pour la première fois depuis qu'elles s'étaient manifestées, les ignorer, un peu comme le bruit de fond de la télévision quand on vaque à ses occupations. Plusieurs fois, Ayana s'était laissée couler, plusieurs fois, elle était remontée, émerveillée. Tout espoir n'était donc pas perdu.

Elle revenait, soir après soir, tenaillée par une migraine abominable qui disparaissait immédiatement. Elle en avait bien souvent pleuré de soulagement.

Ayana rouvrit les yeux et contempla le ciel au-dessus d'elle. Le crépuscule envahissait peu à peu le paysage. C'était l'heure où les voix se faisaient plus discrètes en elle. Quand elle sortirait du lac, elle pourrait mener une vie à peu près normale. Dormir. Penser. Elle serait à nouveau presque seule dans sa tête. Un soupir lui échappa et ses yeux se fermèrent à nouveau. Si cela avait été possible, la jeune femme serait restée là éternellement.

Quelque chose vint troubler l'harmonie de cet instant parfait. Une petite vague la submergea, la faisant tousser lorsque l'eau s'infiltra dans son nez et sa gorge. Des mains la saisirent brusquement, la redressant de force.

— Vous êtes fou ! cria la jeune femme en tentant de repousser celui qui la tenait étroitement serrée contre lui. Lâchez-moi !

— Vous n'avez rien ? J'ai cru que...

L'homme s'interrompit.

— Vous avez cru que … ? s'enquit Ayana, qui parvint enfin à se libérer.

— Comment voulez-vous que je réagisse en apercevant un corps flotter au milieu du lac ?

Ayana en resta sans voix quelques secondes. Il avait donc plongé pour... la sauver ? Elle, une inconnue ? Radoucie, la jeune femme le regarda plus attentivement. Il était difficile de distinguer ses traits dans la pénombre, mais elle eut l'impression que la foudre la frappait une seconde fois. Tétanisée, elle écarquilla les yeux : dans son esprit, les cinq voix frémirent.

C'est lui.

C'est lui.

C'est lui.

C'est lui.

C'est lui.

La dernière s'éteignit dans un murmure joyeux. Pour la première fois depuis son accident, Ayana était seule, parfaitement seule, elle ne percevait plus aucune présence étrangère dans son esprit. Un large sourire s'épanouit sur ses lèvres.

— Dites-moi, demanda-t-elle, croyez-vous au coup de foudre ?