En fouillant mes affaires, je suis tombée sur cette petite histoire écrite lorsque j'avais environ 12 ans. Les fantômes faisaient déjà partie de mon imaginaire. Je ne résiste pas au plaisir de la partager avec vous. Je n'ai rien changé, hormi quelques fautes d'orthographe corrigées, soyez indulgents!

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Les trois fantômes

Tous mes écrits, romans et nouvelles, font l'objet d'un dépôt. Il est donc formellement interdit de les recopier ou de les reproduire, même partiellement, sans l'autorisation de l'auteur 

 

Éric Demoulin regardait le manoir d'un air maussade. Ce manoir appartenait à son oncle, Jean Demoulin, et l'adolescent devait y passer ses grandes vacances. Deux mois ! Le manoir était à l'écart de tout. Pour Éric, qui avait quatorze ans, passer ses vacances dans la « cambrousse » n'avait rien de réjouissant.

Son oncle s'aperçut qu'il était furieux.

— Tu sais, tu ne t'ennuieras pas, ici.

— Mais bien sûr ! Avec l'autoroute et le parc d'attractions à 100 mètres, je risque pas de m'ennuyer ! 

Éric parlait avec une ironie si visible que monsieur Demoulin dut réprimer un sourire.

— On raconte que le manoir est hanté.

— On raconte ça pour toutes les maisons isolées.

— Bien sûr. Mais les fantômes d'ici sont spéciaux. Ce sont des enfants.

— Que leur est-il arrivé ?

— Et bien, ça s'est passé au siècle dernier (note de l'auteur : comprendre, vu l'âge auquel j'ai écrit cette histoire, que je fais référence au XIXè siècle!). Julia, Sylvia et Christian étaient frère et sœurs et âgés respectivement de cinq, six et huit ans. Ils sont morts tragiquement tous les trois en 1882. Julia, la plus jeune, est tombée dans le puits au fond du parc et s'est noyée. Christian, l'aîné, est tombé par la fenêtre de la salle de jeu, au premier étage. Quant à Sylvia, elle est morte de la tuberculose. Depuis, ils hantent le manoir. Tiens, voici un portrait d'eux.

Le portrait représentaient deux fillettes blondes et un petit garçon très brun. Tous trois avaient des yeux bleus. Éric se sentit étrangement ému et fasciné en contemplant les visages enfantins et souriants.

Monsieur Demoulin le conduisit ensuite dans la salle de jeu. De nombreux jouets traînaient.

— J'ai voulu que tout reste tel quel. On ne vient dans cette pièce que pour faire le ménage. Les parents des enfants, après la mort de Sylvia, ont quitté le manoir. Ils ne l'ont pas vendu car trop de souvenirs les y attachaient.

Ce soir-là, Éric ne pensa qu'à ces trois enfants. Il ne croyait pas aux fantômes mais l'histoire de son oncle l'avait impressionné. Alors qu'il s'assoupissait, il entendit des petits pas dans le couloir, et des rires et des exclamations étouffés. Éric ouvrit les yeux. Il se leva d'un bond et saisit sa lampe électrique. Puis il se précipita dans le couloir. Mais les bruits devenaient de moins en moins distincts et bientôt, il n'entendit plus rien. Son oncle le rejoignit. Mais plus rien ne se produisit et ils retournèrent dans leurs chambres.

Éric était perplexe. Il s'endormit rapidement mais ses rêves furent peuplés de deux fillettes blondes et de leur grand frère très brun.

Le lendemain, Éric retourna dans la salle de jeu. On avait l'impression que les enfants venaient d'en sortir et allaient revenir d'un instant à l'autre. Sans doute cette impression était-elle due au désordre qui y régnait.

Éric remarqua une poupée qui ressemblait beaucoup à Sylvia, l'aînée des fillettes. Cette poupée se trouvait par terre près d'un cheval à bascule. Or, la veille, il l'avait repérée sur une étagère. Mais Éric pensa que malgré les ordres, la femme de ménage l'avait déplacée. Mais le lendemain, la poupée était près d'une grande maison de poupées. La femme de ménage nia avoir touché quoi que ce soit. Éric la crut et, perplexe, se rendit au puits où Julia s'était noyée à l'âge de cinq ans.

Une idée jaillit bientôt dans sa tête. Le garçon pensait que les enfants revenaient jouer avec leurs jouets. À ce moment-là, des rires et un bruit de course dans les buissons le firent se retourner. Éric entrevit des boucles blondes et des robes roses. Une voix de garçon, distincte, retentit. Éric se précipita dans les buissons où les enfants avaient disparu.

Il chercha vainement ceux-ci mais alors que, découragé, il revenait vers le manoir, il découvrit un ruban rose accroché à un buisson. Il le ramassa et, songeur, monta dans sa chambre.

Ce soir-là, Éric décida de monter la garde dans la salle de jeu. Vers minuit, des petits rires étouffés lui firent dresser l'oreille. La porte s'ouvrit et deux fillettes blondes entrèrent dans la pièce. Elles étaient vêtues de robes roses mais l'une d'elle n'avait pas de ruban dans les cheveux. Un garçon brun, un peu plus âgé, les rejoignit près de la maison de poupées. La plus jeune des fillettes – Julia – ramassa la poupée. Éric remarqua alors que les trois enfants – ceux de la peinture vue le premier jour – étaient légèrement transparents. Éric se pinça le bras de toutes ses forces et constata qu'il était bien éveillé. « Christian » se mit à poursuivre ses sœurs qui s'enfuirent en riant, « Julia » tenant toujours la poupée.

Éric fixa longtemps la porte, stupéfait par ce qu'il venait de voir. Son oncle le trouva endormi dans la salle de jeu le lendemain. Éric lui raconta ce qu'il avait vu. La poupée n'était plus dans la pièce. Pas un instant l'idée qu'il avait rêvé n'effleura Éric. Le bleu sur son bras n'était-il pas une preuve suffisante ?