Sujet du mois de janvier sur le forum l'Antre des mots : traces de pas dans le désert.

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Il était perdu. Il y avait belle lurette déjà qu'il avait perdu toute notion du temps écoulé. Quant à savoir où il se trouvait....
Avec une moue désabusée, Jared fit un tour complet sur lui-même, embrassant du regard le paysage monotone. Du sable, à perte de vue. La chaleur écrasante, le soleil éblouissant, le silence... assourdissant ! Tout contribuait à lui rappeler dans quel pétrin il se trouvait. Il s'était retenu le plus longtemps possible mais la soif  qui le tenaillait était devenue insupportable. Avec des gestes lents, précautionneux, Jared ouvrit sa gourde et la porta à ses lèvres desséchées. Deux minuscules gorgées. Insuffisantes pour étancher sa soif. Mais la gourde était vide à présent. De difficile, sa situation devenait désespérée. Il se remit à marcher au hasard, sous le soleil écrasant.
— Quelle chaleur ! marmonna-t-il en rajustant sur sa tête le tissu qui le protégeait à peine des rayons ardents.
Il rêvait de fraîcheur. D'eau. De glace. De neige. De Sibérie. De températures négatives. L'Antarctique devait être sympa à visiter à cette époque de l'année.
Comme pour faire écho à ses pensées,un souffle frais l'enveloppa, faisant naître des frissons sur ses avants-bras.
— Ça y est, j'ai une insolation.
Il lui sembla entendre un petit rire, puis quelque chose de doux lui effleura la joue. La chaleur s'abattit à nouveau sur Jared, chassant le sentiment de bien-être qui, un court instant, l'avait envahi. Un mouvement agita le sable. Sous son regard effaré, des traces de pas apparurent, formant un cercle autour de lui. C'étaient des pas menus, et celui qui laissait ces empreintes ne portait pas de chaussures. À vrai dire, Jared aurait pu jurer qu'il s'agissait d'une femme.
— Le soleil t'a fait bouillir la cervelle. Tes neurones ont grillé, dit-il encore, comme si le fait de parler à haute voix pouvait l'aider à trouver une explication logique à un phénomène qui ne l'était pas.
À nouveau, ce petit rire vint lui chatouiller l'ouïe. Les pas commencèrent à s'éloigner. Au bout de quelques mètres, ils stoppèrent un instant, avant de reprendre. Jared aurait pu jurer que la créature s'était arrêtée et retournée vers lui pour s'assurer qu'il la suivrait. Pourtant, il ne voyait rien, ni personne, hormis ces empreintes dans le sable du désert. Alors, les yeux fixés sur les traces, il s'avança. Qu'avait-il à perdre, de toute façon ? Il était en plein délire, il en avait conscience, pourtant ces pas, ce rire, cette brève sensation de fraîcheur, lui semblaient bien réels. Était-ce un mirage ?
Les traces s'arrêtèrent à nouveau. Jared s'avança jusqu'à atteindre la dernière empreinte. Là, juste devant lui, l'air semblait flou, comme agité de courants mouvants. Une douce caresse apporta une fraîcheur bienfaisante à son corps en souffrance puis une main se glissa dans la sienne et le tira en avant. Il se laissa faire et traversa l'étrange masse mouvante.
La chaleur qui l'accablait disparut, remplacée par un incroyable bien-être qui fit céder ses genoux. Jared se laissa tomber à terre avec un soupir, les yeux clos. Un liquide frais coula dans sa gorge et il but avidement. Ses paupières pesaient une tonne. Il sombra dans un sommeil profond.

— Je n'arrive pas à croire qu'il soit encore en vie !
La voix tira Jared de son sommeil. Péniblement, il ouvrit les yeux et découvrit plusieurs visages soucieux penchés sur lui.
— Les Esprits du désert l'ont sauvé, fit un homme au teint basané avec un fort accent. Parfois, l'un d'eux se prend d'affection pour un voyageur égaré et l'aide à survivre.
Les regards dubitatifs des autres prouvaient qu'ils n'en croyaient rien. Pourtant, lorsque Jared se redressa, étonnamment agile, et sans manifester la moindre séquelle de son séjour dans le désert, il se dit qu'il lui faudrait interroger l'homme sur ces Esprits. Il n'y avait plus trace du mur étrange qu'il avait traversé, et aucune empreinte de pieds menus dans le sable. Ces traces de pas qui l'avaient guidé à travers ce désert hostile, lui sauvant la vie.
 

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