Chez les Kergallen aussi on a fêté Noël. Mais dans ce clan déjanté, rien ne se passe  jamais tout à fait normalement...

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Réveillon de Noël chez les Kergallen

 

 

Le manoir bruissait des bruits des conversations, des rires, des chants, des chamailleries, des cavalcades... Athénaïs avait une vue imprenable sur le grand hall depuis le sommet des escaliers, où elle s'était arrêtée un instant. Année après année, le clan se réunissait sous son toit pour fêter les événements importants, anniversaires, naissances, fêtes de fin d'année. C'était un bonheur de voir se mêler les générations, un bonheur fatigant, tout de même !

La dame de fer ne se retourna pas en sentant une présence derrière elle. Elle aurait reconnu Sophie les yeux fermés. Elles étaient plus liées que la plupart des sœurs, soudées par leur enfance, leur magie, les épreuves de la vie.

— L'année prochaine, nous serons encore un peu plus nombreux, sourit Sophie en observant leur nombreuse et bruyante descendance.

— Tu as une vision ?

— Pas besoin d'être devin pour ça ! s'exclama en riant Sophie avant de descendre les marches pour gagner la salle à manger.

Les filles avaient pris en main la décoration des lieux, réquisitionnant les hommes pour se charger des travaux physiques. Elles auraient pu se passer d'eux, grâce à leur magie, mais n'avaient pas résisté au plaisir d'admirer le spectacle « des mâles virils en action », selon l'expression d'Azilis. C'est ainsi qu'elles étaient restées à se prélasser dans les fauteuils pendant que ces messieurs accrochaient des guirlandes en hauteur, faisant mine de grommeler face à cet esclavage.

Le sapin se dressait dans un coin du salon, soigneusement sélectionné par Kieran, décoré selon la thématique de l'année choisie par Joanna : rouge et argent. Les boules, les guirlandes, jusqu'à la nappe et la décoration de table, tout était décliné selon ce duo de couleurs.

— C'est magnifique, complimenta Sophie en prenant place à table, imitée par toute la parentèle.

 

Il était plus de 23h, le repas s'était déroulé selon le rituel bien établi qui consistait à s'envoyer par magie la salière, le pain et tout ce dont on pouvait avoir besoin. Les enfants s'étaient glissés sous la table et s'étaient amusés à nouer les lacets de chaussures ensemble tandis que les adultes faisaient mine d'ignorer ce qu'ils manigançaient, avant de s'extirper pour venir piocher dans le petit buffet qui avait été mis à leur disposition puis de courir se poster devant les dessins animés de Noël, dans le salon.

La voix flûtée de Cyrielle retentit dans le hall du manoir. Les adultes reposèrent qui sa tasse de café, qui son thé, en grimaçant. Gaëlle se prit la tête dans les mains comme la voix de sa fille se faisait de plus en plus distincte.

— Je n'en peux plus, de cette chanson ! gémit la jeune femme.

— Donnez-moi une corde pour mettre fin à cette torture, renchérit en grognant son mari.

— Elle est jolie, cette chanson, fit Thaïs en tendant l'oreille.

— Ça fait plus d'un an qu'on la subit ! s'exclama Gaëlle. Un an d'enfer !

Cyrielle jaillit dans la salle à manger.

« Libérée, délivrée... » ( note : si vous voulez écouter la chanson, cliquez sur le lien, lol)

La chanson fut un instant couverte par le brouhaha des prétextes formulés par les adultes et les raclements des chaises vivement repoussées.

— Tante Athénaïs, par pitié, fais-la taire ! supplia Gaëlle en se tournant vers la doyenne des Kergallen.

— Oui, d'abord, pourquoi tu ne la fais pas taire ? renchérit Corentin. Tu n'as pas hésité l'été dernier quand je chantais Bella !

— J'aime entendre Cyrielle chanter, intervint Sophie en prenant la petite sur ses genoux.

— Grand-mère, ne l'encourage pas, grommela Gaëlle.

— Tu sais, Cyrielle, nous l'avons à la maison en ce moment même, la reine des neiges, reprit Sophie en souriant à son arrière-petite-fille.

— Elsa est là ? s'exclama l'enfant, ravie, regardant autour d'elle, à la recherche de son idole.

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— « Me voilà, oui je suis là ! », singea Corentin d'une voix de fausset qui fit se boucher les oreilles aux courageux demeurés dans la pièce.

— Elsa n'a pas le centième du talent de notre Reine des neiges personnelle, répondit Sophie.

Kieran, qui s'était carré dans sa chaise, la main de Thaïs dans la sienne, se redressa.

— Joanna ! cria-t-il d'une voix de stentor. On a besoin de toi par ici !

Sans attendre, Cyrielle sauta des genoux de Sophie pour courir à la recherche de la jeune femme.

— Nous voilà tranquilles pour un moment, sourit la vieille dame.

— Sophie, tu es un génie, fit Thaïs en riant.

— Tu vois, Corentin, parfois, on n'a pas besoin de recourir à la magie, reprit Sophie en se tournant vers son petit-neveu.

— Quand il s'agit de faire taire Corentin, la magie est indispensable, fit Athénaïs.

Le garçon voulut protester mais le regard de sa grand-mère l'en dissuada.

 

Joanna acheva de s'emmitoufler chaudement sous le regard moqueur de Dragan. Lui-même se contentait d'un pull, noir, comme la majorité de sa garde-robe. Le noir lui allait bien, songea la jeune femme, renforçant sa séduction sombre, et le pull lui permettait d'admirer à loisir sa carrure d'athlète.

— Il ne fait pas si froid que ça, fit remarquer Dragan comme la jeune femme se penchait pour ajuster le bonnet sur la tête de Cyrielle.

— Quand j'en aurai terminé, il fera aussi froid qu'au Pôle Nord, rétorqua Joanna.

Prenant l'enfant par la main, Joanna sortit du manoir et gagna la terrasse. De là, elle avait une vue imprenable sur le parc qui entourait la vaste demeure.

— Prête ? demanda-t-elle à Cyrielle, que Dragan venait de percher sur la balustrade.

— Prête ! clama la fillette, les yeux brillant d'anticipation.

Joanna leva les mains, comme un chef d'orchestre, et entreprit d'appeler sa magie des éléments.

 

— Il neige !

Le cri de ravissement de Thaïs attira l'attention de tous. En effet, par les fenêtres, ils pouvaient apercevoir de gros flocons cotonneux qui recouvraient lentement le paysage, l'enfouissant sous un manteau blanc qui scintillait doucement.

Ce fut une bousculade pour s'emparer des manteaux, écharpes, bottes, gants. Bientôt, tout le clan se rua dehors, admirant le spectacle... et celle qui le dirigeait.

— La représentation peut commencer, sourit Joanna en voyant toute la famille réunie.

Elle fit un clin d'oeil à sa sœur, Émilie, pour qui elle organisait des spectacles « sons et lumières » lorsqu'elles étaient enfants, avant de reporter son attention sur le neige. Les flocons se rassemblèrent sous son impulsion, formant une ronde avant d'enchaîner sur des spirales, comme de longs rubans immaculés. Des figures prirent vie sous les yeux émerveillés des Kergallen, un sapin d'abord, puis un renne, une étoile, un traîneau... Joanna les rassembla ensuite afin qu'ils forment des lettres et une horloge. À l'instant précis où les Kergallen purent déchiffrer l'inscription « Joyeux Noël », l'horloge indiqua minuit. Des cris retentirent comme tous comprenaient qu'il était minuit et que Joanna avait parfaitement calculé son timing.

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— Joyeux Noël ! clamèrent les membres du clan en s'embrassant et s'étreignant.

Enlacés, ils levèrent la tête. D'un petit geste, Joanna fit exploser les lettres et l'horloge en des centaines de flocons qui retombèrent sur les spectateurs, qui se secouèrent en riant.

— Regardez ! s'exclama Corentin en pointant du doigt la vaste pelouse recouverte d'un épais tapis blanc.

Des lignes apparaissaient, formant un motif de plus en plus complexe, jusqu'à se rejoindre pour représenter une étoile délicatement ouvragée. Des applaudissements crépitèrent, saluant le talent de Joanna, qui s'inclina devant son public, tout sourires.

— Et maintenant, concours de bonhomme de neige ! cria-t-elle.

Tous se précipitèrent, amassant la neige, riant, chahutant, se lançant des poignées de neige. Dragan aida Cyrielle à descendre de son perchoir pour permettre à la fillette de rejoindre ses parents.

— Tu es encore meilleure qu'Elsa ! fit l'enfant en enlaçant sa cousine, levant vers elle un visage admiratif.

— Évidemment, Elsa n'est pas une Kergallen, répondit Joanna.

— Tricheuse ! cria soudain Thaïs, avisant un superbe et gigantesque bonhomme de neige qui venait de jaillir du sol.

— On a du talent, ou on n'en a pas ! répondit Joanna en envoyant un baiser à sa cousine.

En riant, la jeune femme vint se réfugier dans les bras de Dragan, qui observait le clan s'affairer en tout sens. En dépit des températures glaciales, il ne tremblait pas.

— Ils sont bruyants, fit-il remarquer en resserrant son étreinte, donnant à Joanna l'impression de se trouver dans un cocon.

— Attends l'ouverture des cadeaux, c'est quelque chose.

Un éclat de rire secoua Joanna.

— Quoi ? s'enquit Dragan.

— Gaëlle va me tuer en découvrant ce que j'ai pris pour Cyrielle.

Dragan haussa un sourcil interrogateur.

— La robe de la Reine des neiges ! avoua la jeune femme dans un fou-rire.

— On peut partir maintenant, suggéra son compagnon.

— Bien essayé, monsieur l'asocial. Mais on reste jusqu'au bout.

— Bon, soupira Dragan. Je survivrai.

— Rentrons au chaud, proposa Joanna.

Ils franchirent un instant plus tard le seuil du manoir en chahutant, Dragan ayant glissé dans le col de la jeune femme une poignée de neige qui lui avait arraché des cris aigus. Sophie les attendait en souriant. Elle pointa du doigt quelque chose au-dessus de leurs têtes et, suivant son regard, les jeunes gens découvrirent une branche de gui.

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— Elle n'y était pas, tout à l'heure, fit remarquer Joanna.

— En effet, répondit la vieille dame avec un sourire malicieux. Tu n'es pas la seule à organiser des animations.

— Sophie, vous devez lire dans mes pensées, intervint Dragan. Je cherchais justement un prétexte pour embrasser Joanna.

— Comme si tu avais besoin de ça pour m'embrasser, rétorqua la jeune femme en se haussant sur la pointe des pieds, offrant ses lèvres à son compagnon qui ne se priva pas de lui dévorer la bouche.

Ils ne prêtèrent aucune attention à Sophie, qui s'éclipsa avec la satisfaction du devoir accompli et rejoignit sa sœur dans le salon. Athénaïs disposait thé, café et chocolat chaud pour les aventuriers du grand froid qui ne tarderaient plus à se réfugier à l'intérieur.

— Joyeux Noël, Naïs, fit Sophie.

— Joyeux Noël, Sophie.

Elles échangèrent un sourire de connivence avant de s'installer chacune dans un fauteuil, une tasse de thé à la main, savourant le plaisir simple d'être entourées de ceux qu'elles aimaient.

 

De la neige en Bretagne dans la nuit du réveillon? Bien sûr, Joanna s'est assurée que cela ne se remarque pas, la neige n'a donc pas franchi les limites du manoir Kergallen. Peut-être êtes-vous passés à proximité cette nuit-là, sans vous douter le moins du monde de ce qui s'y passait....