J'ai découvert Georgia Caldera il y a peu avec Victorian fantasy, qui a été un coup de cœur. Logiquement, je me lance dans ses autres écrits, en commençant par cette romance contemporaine, Hors de portée.

Sa spécialité ? Fuir toute relation. Et on peut dire que Scarlett est docteur ès « disparition au petit matin ». Inutile de lui parler relation sérieuse, confiance et stabilité, elle en est incapable. Si investissement il y a, c’est dans la société de décoration d’intérieur qu’elle vient de créer avec sa cousine, ancienne mannequin déjantée, et qui lui prend le plus clair de son temps. Pourtant, face à son nouveau client, le très entêté et séduisant M. Mufle-Connard, plus connu sous le nom d’Aidan Stern, le savoir de Scarlett ne lui sera d’aucun secours. Mais parviendra-t-il vraiment à guérir les blessures du passé ?

 

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L'histoire commence presque comme une comédie romantique avec le rapport de Louise, la cousine de Scarlett, suite à sa rencontre avec Monsieur Mufle Connard, lors d'une soirée filles, pourtant très vite, on s'aperçoit qu'il n'en est rien.

 

On entre dès le prologue dans le vif du sujet : après une énième histoire d'une nuit, Scarlett prend la fuite, rongée par la honte et le chagrin. Une fois de plus, elle a « essayé » de se lancer dans une relation, mais une fois de plus, elle a reproduit le schéma habituel qui fait qu'elle ne pourra jamais aller plus loin et construire quelque chose avec un homme : 3 rendez-vous, un petit tour au lit puis départ en catimini. Résolument, elle chasse de son esprit son premier amour, celui qui l'a complètement fracassée niveau sentiments.

Mais la mort de sa mère l'oblige à revenir dans la maison de son enfance, et contre toute attente, Scarlett va décider de rester. Avec sa cousine, ancien mannequin superbe mais adorable, elle monte une petite entreprise de décoration. Le premier contrat apparaît comme une incroyable opportunité : un très riche homme d'affaires a besoin d'elles pour redécorer l'ensemble de ses bureaux. L'homme en question s'avère pourtant être un sale type, arrogant, malpoli, exigeant, ce qui lui vaut le surnom de « mufle connard ». Problème, comme le découvre Scarlett, cet homme, elle l'a connu à l'époque du lycée. Pire, si elle a peu de souvenirs de lui à l'époque, elle se rappelle hélas trop bien son frère. Celui qui l'a détruite.

 

Pas à pas, on découvre le passé de Scarlett et d'Aidan, et comment ils sont liés même si elle n'en avait absolument pas conscience. Leur relation est d'emblée compliquée, du fait de leurs passés respectifs, de leur comportement actuel, mais aussi des mensonges et manipulations qui semblent être la spécialité d'Aidan, et qui le rendent peu fiable, voire carrément inquiétant ! Disons les choses clairement : dans un livre, ça peut paraître romantique, voire sexy, mais dans la vraie vie, ce genre d'attitude me ferait fuir en courant !

 

Sous ses airs de pinup, Scarlett manque cruellement d'assurance. Les hommes, elle préfère les quitter avant qu'ils aient le temps de la blesser, elle choisit d'ailleurs toujours des hommes qui ne risquent pas de lui faire du mal. Aidan ne peut que la faire souffrir, d'abord parce qu'il est le frère de Romain, ensuite, parce qu'Aidan est très, très compliqué. Il parvient pourtant à l'entraîner dans une relation, assez étrange par moment, mais très intense. Scarlett est émue par les failles qu'il laisse percevoir et se retrouve à plonger dans ses souvenirs pour le comprendre.

 

J'ai eu du mal à cerner Aidan au début : d'un côté, il paraît être l'archétype de l'homme d'affaires millionnaire, sûr de lui, autoritaire. Mais très vite, il se montre par moments très vulnérable, au point que je me suis même demandée s'il n'y avait pas une histoire de jumeaux, tant j'avais l'impression d'avoir affaire à deux personnes distinctes. À mesure qu'on avance, ces deux personnalités se conjuguent et on le comprend mieux. Pourtant, comme Scarlett, chaque fois qu'on croit que leur relation progresse, il y a une découverte fracassante qui remet en question cette relation. Il y a en effet de quoi s'interroger sur les motivations d'Aidan : aime-t-il vraiment Scarlett, fait-il une obsession sur elle, ou bien n'est-elle qu'un pion dans sa vengeance contre sa famille ? Car Aidan est en guerre contre son père et son frère, et il n'hésite pas à recourir à tous les moyens pour gagner. Il n'y a qu'avec Scarlett qu'il s'autorise à se montrer vulnérable, offrant une façade de dureté au monde extérieur. L'influence de la jeune femme sur lui est très profonde, la tante d'Aidan ne s'y trompe pas d'ailleurs. Scarlett a le pouvoir de le rendre heureux, ou de le détruire, ce qui est assez effrayant en soi. il n'y a pas de demi-mesure avec lui.

 

Ce qui fait le grand intérêt de ce roman, c'est la psychologie des deux protagonistes. L'histoire en elle-même est plutôt classique, faite de « je t'aime moi non plus ». Voir Scarlett et Aidan s'affronter, se rapprocher, se soutenir, se faire souffrir mutuellement, c'est ce qui fait le sel de l'histoire. À noter que la plume de Georgia Caldera est toujours vive, les pages s'enchaînent sans ennui, et les scènes sensuelles sont tout à la fois hot, émouvantes sans jamais être vulgaires et servent l'histoire en aidant à faire avancer les relations et les révélations.

 Le titre prend son sens aussi au fil de la lecture : pour Scarlett, un homme comme Aidan est "hors de portée", puisqu'elle n'envisage même pas être capable de construire une relation. Pour Aidan, Scarlett est LA femme parfaite, et lui, qui se considère comme tellement en-dessous d'elle, la voit sur son piédestal et n'imagine pas avoir un jour la chance de vivre son rêve.

Si Hors de portée ne m'a pas transportée comme Victorian fantasy, j'ai passé un très bon moment, et je suis curieuse à présent de me lancer dans Les larmes rouges pour découvrir une autre facette des écrits de Georgia Caldera.