Cela faisait plusieurs mois que j'entendais parler des livres de Georgia Caldera, j'ai même le tome 1 des Larmes rouges dans ma pal depuis un moment. J'ai finalement décidé de me lancer avec cette nouvelle série, Victorian fantasy, dont la couverture me plaît beaucoup et s'avère, après lecture, parfaitement en accord avec l'histoire.

 J'ai lu assez peu de steampunk jusqu'à présent, ce qui fait que je ne savais pas vraiment ce que j'allais trouver dans ce roman. Mais étant une lectrice depuis des années de romances historiques de type aventures et passion, j'ai tout de suite trouvé mes marques et je suis entrée sans problème dans l'univers créé, car le début rappelle les romans se situant à l'époque victorienne auxquels je suis habituée, malgré la touche de magie.

 

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D’aussi loin que remontent ses souvenirs, Andraste, issue d’une longue lignée de sorcières, vit dissimulée aux yeux du monde. Son univers restreint ressemble à s’y méprendre à une cage dorée, elle qui ne rêve que de s’envoler. C’est alors qu’une invitation de la main même de la Reine vient bousculer les plans de sa grand-mère qui dirige la famille d’une main de fer. Et, une requête royale ne se refuse pas… à moins de souhaiter perdre la tête. Sa découverte du monde commence, très loin de ce qu’elle imaginait. La cour est pleine de danger, de rumeurs et de règles qu’elle ne maîtrise pas. Mais sa plus grande erreur est de succomber au regard aussi noir que la nuit de lord Thadeus Blackmorgan.

 

Nous avons donc une jeune femme de 21 ans, Andraste, qui vit cloîtrée dans le coven familial depuis toujours sans qu'on lui ait vraiment expliqué pourquoi. Certes, elle souffre d'une maladie qui la rend terriblement vulnérable au soleil, mais elle sent depuis plusieurs années déjà qu'il y a beaucoup plus. Par ailleurs, on l'a fiancée en secret à un prince étranger dès son enfance, et elle sait que viendra bientôt le jour où elle devra partir se marier. Là encore, silence total, personne ne lui dit rien alors que tout le monde semble en savoir long.

Ce jour-là, Andraste décide d'utiliser ses maigres pouvoirs de sorcière pour s'introduire dans le bureau de sa grand-mère, Helen, fermé à toutes les femmes de la famille, sans exception. Elle a réussi à fausser compagnie à sa servante, qui la suit partout. Après une fouille un peu au hasard, la jeune fille met la main sur un manuscrit manifestement très ancien, soigneusement caché. Il est écrit dans une langue inconnue, elle ne sait pas s'il contient les réponses aux questions qu'elle se pose, mais elle le prend, au cas où. C'est à ce moment-là qu'un envoyé de la reine Victoria arrive au coven avec ordre de ramener immédiatement miss Andraste Coldfield à la cour. Stupeur pour toutes : comment la reine a-t-elle découvert l'existence d'Andraste, qu'on a toujours soigneusement cachée ? Quoi qu'il en soit, on ne désobéit pas à Victoria, et voilà notre jeune héroïne en route pour le palais royal, chaperonnée à contre-cœur par sa rabat-joie de sœur aînée, Ruth, en attendant les instructions d'Helen, qui n'est pas au coven en ce moment.

Comme je le disais, c'est un roman steampunk, et on découvre peu à peu les caractéristiques de cet univers : Victoria règne depuis huit cents ans, elle est à la fois reine et déesse aux yeux de son peuple, elle cache son visage derrière un masque, et seul son fils, Augustin (dont je vous reparlerai un peu plus tard) sait ce qui se cache sous ce masque. Nous sommes ici dans un monde où la magie, la nécromancie, sont connues et reconnues, des machines telles que les mécanimaux ( des animaux couplés à des machines par magie) interviennent au quotidien. Néo- Britannia est en conflit avec les pays voisins, comme Ilandria, pays peuplé de Bersecks barbares. Face à la menace croissante d'une guerre, Victoria a décidé d'appeler à Néo-Londonnia, la capitale, les jeunes gens des plus puissantes familles de mages afin de former une armée puissante.

Andraste,qui a toujours eu peu de pouvoir, ne comprend pas pourquoi c'est elle qui a été choisie pour représenter sa famille, mais dans la mesure où elle aspirait à découvrir le monde et à échapper à sa cage dorée, elle n'a pas l'intention de bouder son plaisir ! Elle va pourtant vite déchanter : on l'a inscrite d'office à un cours de nécromancie, matière qui lui répugne et pour laquelle elle n'a aucune disposition. Pire encore, le professeur qui dispense ce cours n'est autre que lord Thadeus Blackmorgan, qu'elle a croisé la nuit de son arrivée au palais, et qui semble éprouver d'emblée une animosité incompréhensible pour elle.

Andraste découvre d'ailleurs que là encore, tout le monde semble en savoir très long sur elle, notamment cette particularité physique qui accompagne son hypersensibilité au soleil : cheveux blancs, yeux violets.

 Thadeus Blackmorgan est un personnage très complexe qui m'a fascinée d'emblée, à la fois endurci et terriblement vulnérable. Lors de sa première rencontre avec Andraste, c'est sa vulnérabilité qu'il a révélée à une jeune femme inconnue, qui a su étrangement le sortir de la spirale infernale dans laquelle il s'enfonce depuis toujours : sa famille est victime d'une malédiction qui rend fous tous les héritiers du duché. Thadeus boit pour oublier la douleur physique qu'une ancienne blessure lui inflige, le sort qui l'attend, et l'horrible geste qu'il est supposé accomplir pour venir à bout de la malédiction. Quand il découvre que la jeune femme qui a su le toucher et momentanément le guérir n'est autre qu'Andraste Coldfield, il pense que le destin lui a encore joué un sale tour : c'est pour s'approcher d'Andraste qu'il a accepté de prendre en main le cours de nécromancie, et voilà qu'il se retrouve face à celle qu'il devrait haïr plus que tout au monde et qu'il se trouve attiré par elle. Leur relation va donc osciller en permanence entre attirance, répulsion, mépris et provocation. Il est parfois très attachant, d'autres fois parfaitement détestable, mais c'est ce qui rend le personnage intéressant.

Andraste est une jeune femme attachante qui, à présent qu'elle a goûté à la liberté, est prête à tout pour la conserver, même si ça veut dire défier sa famille et tenir tête au redoutable Blackmorgan, qui ne la ménage pas. Elle est jeune, inexpérimentée, ne connaît rien du monde ou des hommes, mais elle n'est pas naïve ou nunuche. Elle a décidé de prendre son destin en main, tout en ayant conscience de ses fragilités et de ses limites. Si pour se préparer au mieux il lui faut négocier avec Thadeus, alors elle n'hésite pas, et pas question de se laisser marcher sur les pieds. Elle n'est pas une super-héroïne mais elle a du caractère, du cœur, et elle est prête à prendre tous les risques pour ceux qu'elle aime et ce qui lui semble juste. C'est cette fraîcheur qui contrebalance le côté sombre de Thadeus qui fait qu'ils forment un couple étonnamment bien assorti.

On découvre peu à peu les tenants et les aboutissants de la malédiction qui pèse sur les Blakmorgan, mais aussi ce que sont les mystérieuses et légendaires Femmes de la nuit, ces femmes aux cheveux blancs et aux yeux violets qui ont disparu, victimes d'un mystérieux Fléau, et qui sont très convoitées. Contre toute attente, c'est celui-là même qui devrait être le plus grand danger pour Andraste, Thadeus, qui va devenir celui qui la protège des manigances d'Ardghal, le « fiancé » d'Andraste, bien décidé à mettre la main sur la jeune femme, et de Victoria en personne, dont les plans vont se heurter aussi à son fils, de moins en moins coopératif.

J'ai aimé le personnage d'Augustin, même si on le voit assez peu. Ce prince dandy entouré d'une petite cour donne l'impression d'être une marionnette entre les mains de sa mère, et s'il se plie à ses demandes, il se pose de plus en plus de questions et refuse de s'abaisser à certaines choses. Je suis curieuse de voir comment il évoluera dans le tome 2. J'ai aimé aussi l'aperçu que l'on a des hommes de la famille Blackmorgan, les frères de Thadeus en particulier.

Il reste à la fin de ce tome un certain nombre de questions en suspend, même si l'essentiel est résolu, ce qui évite la frustration de la lectrice qui va devoir attendre la suite.

Enfin, j'ai beaucoup apprécié aussi le style de Georgia Caldera, la plume est vive et soignée.

Seul bémol : les prénoms des personnages ! Je me suis dit que Georgia Caldera avait dû s'inspirer d'Amanda Quick, qui a toujours le chic pour choisir des prénoms pas possibles à ses héros !