Nouveau texte, nouvel univers. Bienvenue dans le labyrinthe dans lequel un homme s'engage, par amour, prêt à affronter tous les dangers...

J'ai écrit ce texte suite à la proposition d'un atelier d'écriture sur un petit groupe que j'ai rejoint dernièrement sur Facebook. Le mot m'a tout de suite inspirée, ce qui est une surprise dans la mesure où comme je vous l'ai déjà dit, j'ai beaucoup de mal à écrire sur des sujets imposés.

 

Tous mes écrits, romans et nouvelles, font l'objet d'un dépôt. Il est donc formellement interdit de les recopier ou de les reproduire, même partiellement, sans l'autorisation de l'auteur.

Labyrinthe

 

imagesIRH3BDAR

 

 

Il se tenait à l'entrée du labyrinthe, solidement campé sur ses deux jambes. Ceux qui s'y étaient aventurés avant lui n'en étaient jamais revenus. Il ne comptait pas connaître le même sort. Son avenir en dépendait et il était soutenu dans cette épreuve par la plus grande des motivations : l'amour.

Ce fut sans une hésitation qu'il pénétra dans le labyrinthe, aux aguets, prêt à faire face à tous les dangers. Les lieux étaient paisibles, bien trop. Il avançait à pas lents mais déterminés, l'épée au poing, tous ses sens en éveil. Il ne prêtait aucune attention au décor, à la beauté des lieux. L'attaque, bien qu'il s'y attendît, le prit presque par surprise. Il ne dut qu'à un réflexe de ne pas finir la gorge arrachée par la bête qui venait de lui bondir dessus, tous crocs dehors, dans un rugissement qui résonna loin à travers l'entrelacs de couloirs. Il fit face au loup, un monstre énorme, hirsute, au pelage aussi noir que la nuit la plus sombre et aux yeux rougeoyants. Lorsque l'animal lui sauta à nouveau dessus, il était prêt. Son épée le cueillit au vol et le corps massif de la bête retomba à ses pieds dans un bruit sourd.

 

images

 

S'étant assuré que le loup était bel et bien mort et ne représentait plus un danger, il reprit sa progression. Les sons semblaient plus feutrés, comme absorbés par les murs qui paraissaient parfois se resserrer, lui donnant l'impression d'être sur le point d'être englouti. Crispant le poing sur la garde de son épée, il poursuivit sa route. Lorsqu'il se heurta à un mur lui barrant le passage, il dut se résigner à faire demi-tour. À présent, il était égaré, conscient d'avoir perdu tout sens de l'orientation. Le temps écoulé n'avait lui-même plus d'importance. Était-ce le jour, la nuit ? Était-il là depuis une heure, une journée, une semaine ? Chaque fois, il se retrouvait dans une impasse et devait chercher une nouvelle issue. Parfois, la lassitude s'emparait de lui. Il résistait à l'envie de se laisser tomber au sol, dos au mur, pour attendre. Attendre quoi ? La mort ? Non ! Il ne mourrait que pour une seule cause : l'amour ! Il n'était pas dit qu'il abandonnerait lâchement, comme tant d'autres avant lui. Il lutterait jusqu'au dernier souffle. Alors, il reprit sa route, avec la certitude de toucher bientôt au but.

Les lianes jaillirent brusquement de terre pour venir s'enrouler autour de ses chevilles, le clouant au sol, tandis qu'autour de lui se formait un mur impénétrable de ronces aiguisées. À coups d'épée, il tailla, encore et encore, mais la végétation, mystérieusement apparue, se faisait luxuriante, dense. Dangereuse. Étouffante. Non, songea-t-il avec désespoir en accélérant la cadence de son bras, il ne pouvait échouer maintenant, si près du but. Il se devait de réussir, de surmonter tous les obstacles, pour elle, pour eux. Le souffle court, il cessa un instant de lutter, cherchant désespérément une solution. Celle-ci se présenta sous la forme de graines. Il les sortit de la poche où il les avait précieusement conservées. Les graines d'espoir, celui de vivre un jour pleinement l'amour, luisaient doucement dans la paume de sa main. Il les avait soigneusement récoltées et à présent, elles étaient bien assez nombreuses pour vaincre. Il les lança par poignées entières, au petit bonheur. Les graines formaient de minuscules traînées de lumière dans l'air avant de retomber à terre, où elles s'enfouissaient, emportant avec elle les lianes traîtresses. L'espoir avait vaincu, mais les épreuves n'étaient pas terminées. Il en restait au moins une, la plus périlleuse.

Il avança. La végétation s'écartait sur son passage, comme une foule de courtisans devant un roi, formant une arche de verdure au-dessus de sa tête. Enfin, il pénétra dans ce qui était le cœur du labyrinthe, une gigantesque salle, si vaste et si haute qu'on ne pouvait distinguer où elle commençait et où elle finissait. Mais il n'avait d'yeux que pour une seule chose : le coffret de bois précieux qui trônait sur un petit piédestal. Son contenu valait à lui seul tous les trésors du monde. Il contenait le plus précieux des trésors. Comme hypnotisé, il s'avança, toute prudence envolée.

Il n'était plus qu'à quelques pas du coffret convoité quand un bruit terrible le fit sursauter. Du fond sans fond de la salle arrivait un dragon. Au rythme du battement puissant de ses ailes, il fonçait droit sur celui qui osait prétendre s'emparer du trésor dont il était le gardien. Une langue de feu jaillit de sa gueule, manquant brûler le téméraire. Cette fois-ci, il lutta contre son instinct, qui le poussait à prendre la fuite, ou du moins à affronter la menace. Pourtant, il se tint ferme sur ses pieds et fit face.

 

images05R2CP14

 

Crois-tu qu'il te suffit de cracher le feu pour me faire fuir ? Je sais ce qui se cache derrière cette apparence dangereuse, distante, hargneuse. Je ne te crains pas. Je ne partirai pas. Je ne t'abandonnerai pas. Alors vas-y, rugis, brûle-moi, piétine-moi, je ne partirai pas.

Sa voix s'adoucit comme il reprenait.

Je ne t'abandonnerai pas.

Face à lui, le dragon semblait hésitant. Il tournait autour de l'homme avec méfiance, une méfiance qui laissa place au désarroi.

Je ne t'abandonnerai pas, répéta l'homme.

Alors le dragon fit une chose surprenante. Avec une délicatesse dont l'homme ne l'aurait pas cru capable, il prit dans sa gueule le coffret précieux et vint le déposer à ses pieds. Ce geste bouleversa l'homme qui prit entre ses mains le trésor et le serra contre sa poitrine.

J'en prendrai soin. Je le chérirai, promit-il.

Une larme roula sur la joue du dragon. Lentement, l'homme ouvrit le coffret. À l'intérieur reposait un cœur, le plus beau cœur qu'il ait jamais vu. Un cœur qui battait, palpitait, s'animait sous ses yeux émerveillés. Relevant la tête, il regarda tendrement celle qui lui faisait face.

Pour moi, tu as vaincu tous les obstacles que j'ai dressés autour de mon cœur, dit-elle en s'approchant.

L'amour vient à bout de tous les obstacles, dit-il en l'enlaçant. Désormais, tu n'es plus seule. Nous serons deux pour faire face à tous les détours de la vie.

Autour d'eux, le labyrinthe se dissipait, laissant place à la plage de sable fin sur laquelle leurs regards s'étaient croisés pour la première fois.

 

 

imagesO7QT2JYQ